La Gambie est plongée dans le deuil après le naufrage dramatique d’une embarcation transportant des personnes migrantes au large de ses côtes, dans la nuit du 31 décembre au 1er janvier. Le président gambien, Adama Barrow, a exprimé vendredi sa profonde consternation face à ce drame humain qui a déjà coûté la vie à au moins sept personnes, tandis que de nombreux passagers sont toujours portés disparus.
Dans une déclaration télévisée diffusée par la présidence, le chef de l’État a fait part de sa « profonde inquiétude » après le chavirement d’un bateau qui transportait, selon les premières estimations, plus de 200 candidats présumés à l’exil. Le naufrage est survenu au large de la région de North Bank, dans le nord-ouest du pays, une zone de plus en plus empruntée par les pirogues de migration clandestine à destination de l’Europe.
Alertées par un appel de détresse, les autorités maritimes gambiennes ont lancé une opération de recherche et de sauvetage aux alentours de 01h00 du matin jeudi. Plusieurs embarcations de la marine nationale ont été mobilisées pour tenter de porter secours aux passagers. Le bateau en détresse a finalement été retrouvé échoué sur un banc de sable, laissant craindre le pire quant au sort de nombreuses personnes à son bord.
Selon le président Barrow, 102 personnes ont pu être secourues jusqu’à présent. Beaucoup d’entre elles reçoivent encore des soins d’urgence dans les structures sanitaires du pays. « Malheureusement, seuls sept corps ont été repêchés pour l’instant, mais les opérations de secours se poursuivent afin de tenter de localiser ceux qui manquent toujours à l’appel », a-t-il précisé, soulignant que le gouvernement s’emploie à apporter une assistance médicale, psychologique et humanitaire aux survivants.
Visiblement ému, le président gambien a présenté ses condoléances aux familles endeuillées. « Au nom du gouvernement et du peuple de Gambie, je présente mes sincères condoléances aux familles endeuillées et à tous ceux touchés par cette déchirante tragédie », a-t-il déclaré, avant d’adresser un message de solidarité aux proches des disparus. « Je veux dire à chaque parent et proche qui attend avec anxiété de nouvelles informations que vous n’êtes pas seuls. La nation est en deuil avec vous », a-t-il ajouté, saluant au passage l’engagement de toutes les entités ayant pris part aux opérations de sauvetage.
Le chef de l’État a également indiqué que des informations plus précises sur l’identité et les nationalités des victimes seront communiquées dès que possible. Certaines des personnes à bord ne seraient pas de nationalité gambienne. Une enquête gouvernementale a par ailleurs été annoncée afin de faire la lumière sur les circonstances exactes du naufrage et d’identifier d’éventuelles responsabilités.
Ce drame s’inscrit dans un contexte plus large de migration irrégulière en Afrique de l’Ouest. Depuis des années, des milliers de jeunes originaires de la région tentent de rejoindre l’Europe par la dangereuse route de l’Atlantique, principalement en direction de l’archipel espagnol des Canaries. À bord d’embarcations souvent surchargées et vétustes, ces migrants affrontent des conditions de navigation extrêmement périlleuses, au péril de leur vie.
La fermeture accrue des frontières européennes et la restriction drastique de la délivrance des visas poussent de nombreux candidats à l’exil à emprunter des voies clandestines. Ces dernières années, des milliers de personnes sont mortes ou ont disparu en mer en tentant de rejoindre l’Europe. Le renforcement récent des contrôles maritimes au Sénégal, en Mauritanie et au Maroc a déplacé les points de départ des pirogues vers le sud, notamment depuis les côtes de la Gambie et de la Guinée-Conakry. Cette évolution allonge considérablement les trajets en mer et en accroît les dangers.
Dans sa déclaration, le président Barrow a insisté sur la portée symbolique et tragique de ce nouveau naufrage. « C’est un rappel douloureux de la nature dangereuse et mortelle de la migration irrégulière. Assurément, aucun rêve, voyage ou promesse ne valent la perte de vies humaines en mer », a-t-il affirmé, appelant implicitement à une prise de conscience collective.
Quelques jours auparavant, le 26 décembre, le gouvernement gambien avait déjà exprimé ses inquiétudes à la suite d’informations faisant état de la disparition d’une autre pirogue partie des côtes nord du pays le 17 novembre. Cette embarcation transportait, selon plusieurs médias locaux, plus d’une centaine de personnes, majoritairement des ressortissants gambiens, qui tentaient eux aussi de rejoindre l’Europe.