Politique
Ndogou présidentiel : derrière la convivialité, les fractures politiques au sein de Pastef
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par
Diack
L’invitation à un « ndogou » adressée aux députés du régime par le président de la République, Bassirou Diomaye Faye, continue de susciter interrogations et commentaires au sein de la classe politique sénégalaise. Présentée comme un moment de partage en ce mois de Ramadan, la rencontre a rapidement pris une dimension éminemment politique, révélant des tensions internes que beaucoup soupçonnaient déjà au sein du parti Pastef.
Interrogé par Dakaractu, l’analyste politique Malaw Kanté estime qu’il n’y avait « pas grande surprise » autour de cette initiative. Selon lui, la tenue de ce ndogou relevait d’une logique attendue, dans un contexte marqué par des crispations perceptibles entre différentes sensibilités du parti. « On s’y attendait vraiment », confie-t-il, considérant que cette rencontre offrait à la fois au chef de l’État et aux parlementaires l’occasion de « régler le contentieux ».
Depuis plusieurs semaines, des signaux de malaise traversent en effet les rangs de Pastef. Des clivages internes seraient apparus, opposant des députés perçus comme « pro-Sonko » à d’autres considérés comme « pro-Diomaye ». Cette fracture, encore feutrée publiquement, traduirait des divergences d’orientation politique et stratégique entre le président de la République et son Premier ministre, Ousmane Sonko, figure centrale du parti et leader historique du mouvement.
Pour Malaw Kanté, le ndogou présidentiel a ainsi dépassé le cadre symbolique d’une rupture du jeûne pour prendre les allures d’un véritable règlement de comptes politique. Certains députés seraient venus avec l’intention de poser des questions directes au chef de l’État ou de soulever des préoccupations jugées pressantes. De son côté, le président aurait profité de l’occasion pour apporter des éclaircissements sur un certain nombre de sujets sensibles et tenter de reprendre l’initiative.
L’analyste n’écarte pas non plus une dimension stratégique dans la démarche du chef de l’État. En recevant d’abord les députés de la majorité pour discuter de questions politiques, Bassirou Diomaye Faye pourrait ouvrir la voie à d’autres consultations avec des entités plus larges, notamment au sein de la coalition qui l’a porté au pouvoir. Cette dynamique pourrait s’inscrire dans une volonté de réorganiser les équilibres internes et de consolider son autorité.
Cependant, selon les échos rapportés, la réunion ne se serait « pas très bien tournée ». Si aucune communication officielle détaillée n’a été publiée par la présidence, certaines prises de parole de députés laissent entendre que les échanges ont été francs, voire tendus. Pour Malaw Kanté, cet épisode a surtout permis aux Sénégalais de constater plus nettement l’existence d’un malaise profond au sommet de l’État.
Il regrette d’ailleurs le déficit de communication autour de cette rencontre. À ses yeux, l’absence de communiqué clair et structuré de la part de la présidence alimente les spéculations et renforce les interrogations sur la nature réelle des discussions. « La présidence ne fait jamais de communiqué ou ne donne jamais d’informations claires et précises lors de ce genre de rencontre », déplore-t-il, soulignant que l’opinion publique doit se contenter de déclarations fragmentaires de certains parlementaires pour tenter de reconstituer le fil des échanges.
Au-delà de l’événement ponctuel, l’analyste estime que « le mal est profond » au sein de Pastef. Si des tentatives de dialogue, de négociation ou de réconciliation sont encore perceptibles, il considère qu’une « ligne rouge » est progressivement en train d’être franchie. À moyen ou long terme, il n’exclut pas l’hypothèse d’un divorce politique entre le président et son Premier ministre.
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