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Niayes : les producteurs de pommes de terre crient à la trahison face aux importations et à l’absence de stockage

Dans la zone des Niayes, à environ 58 kilomètres au nord de Dakar sur la Grande-Côte, la colère gronde chez les producteurs de pommes de terre. À Kayar et dans les localités environnantes, les exploitants agricoles, pourtant portés par une récolte jugée abondante cette année, peinent à écouler leur production. Une situation qu’ils vivent comme une véritable trahison des engagements pris par les autorités en matière de protection de la production locale et de souveraineté alimentaire.

Les agriculteurs accusent ouvertement le ministère du Commerce ainsi que la Direction de l’Agence de Régulation des Marchés (ARM) d’avoir maintenu les importations de pommes de terre sur le marché sénégalais en pleine période de commercialisation locale. Selon eux, cette concurrence étrangère, autorisée alors que les champs des Niayes débordent de tubercules prêts à être vendus, a provoqué un effondrement des prix et paralysé la chaîne de distribution. « On nous avait vendu la souveraineté alimentaire, mais aujourd’hui, tout notre espoir a été brisé », déplore avec amertume le porte-parole du collectif des producteurs.

Dans les exploitations de Kayar, les sacs de pommes de terre s’entassent, invendus. Les marchés urbains, notamment à Dakar, sont déjà approvisionnés par des produits importés à des prix compétitifs. Les producteurs locaux, qui ont investi dans les semences, les intrants et la main-d’œuvre, se retrouvent ainsi pris en étau entre des coûts de production élevés et une demande saturée par l’offre extérieure.

Au-delà de la question des importations, les producteurs pointent un autre maillon faible de la filière : l’absence d’infrastructures de stockage adaptées. Faute de chambres froides en nombre suffisant, les récoltes se détériorent rapidement sous l’effet de la chaleur. Les pertes post-récolte s’accumulent, aggravant les difficultés financières des exploitants. Un projet de construction d’unités de stockage, annoncé en partenariat avec Swami Agri, avait pourtant suscité beaucoup d’espoir. Mais sur le terrain, les infrastructures promises tardent à voir le jour, laissant les agriculteurs sans solution concrète pour conserver leur production et réguler l’offre dans le temps.

La crise actuelle plonge de nombreuses familles dans une situation financière critique. La plupart des exploitants ont contracté des crédits auprès d’institutions de microfinance pour financer la campagne agricole. Semences, engrais, carburant pour l’irrigation et salaires des ouvriers ont été couverts à crédit, dans l’espoir d’un retour sur investissement à la commercialisation. Or, sans ventes significatives, les échéances de remboursement deviennent insoutenables. Certains producteurs redoutent déjà des saisies ou un surendettement durable qui pourrait compromettre les prochaines campagnes.

Face à ce qu’ils considèrent comme une impasse, les acteurs de la filière interpellent directement le président de la République et son Premier ministre, Ousmane Sonko. Ils exigent des mesures urgentes pour suspendre ou réguler plus strictement les importations pendant la période de production nationale, mettre en place des mécanismes de rachat ou de stockage d’urgence et accélérer la réalisation des infrastructures promises.

Signe d’une exaspération à son comble, les producteurs ont décidé de boycotter la rencontre prévue ce jeudi avec l’autorité de régulation des marchés, selon des informations rapportées par iRadio. Pour eux, le temps des concertations sans effets tangibles est révolu. Ils réclament désormais des actes concrets pour sauver ce qui peut encore l’être de la saison agricole en cours.


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