Abdoulaye N., 39 ans, figure parmi les quatre hommes mis en examen dans l’affaire du spectaculaire “casse” du Louvre, survenu le 19 octobre dernier dans la galerie d’Apollon. Derrière son profil de sportif urbain et d’amateur de moto, se dessine un personnage au parcours singulier, loin du stéréotype des figures du grand banditisme.
Connu sur les réseaux sociaux sous le pseudonyme de “Doudou Cross Bitume”, Abdoulaye N. s’est bâti une petite notoriété en conjuguant performances physiques et passion du moto-cross. Sur TikTok, où il se présente comme “DOUDOU CROSS BITUME AUBER 93”, et sur Instagram, sous le nom “doudoucross6”, il se définit comme “LA LÉGENDE” du “CROSS BITUME 93 AUBERVILLIERS”. Son compte Instagram, qui compte 18 publications et un peu plus de 200 abonnés, ancre son personnage dans un univers résolument sportif et dans son territoire : Aubervilliers, en Seine-Saint-Denis.
Ses publications tracent le portrait d’un athlète urbain passionné de “street workout”, une discipline de musculation pratiquée en plein air. Plusieurs vidéos le montrent s’entraînant dans la rue, soulevant son propre poids, exécutant des figures acrobatiques. On y voit aussi des séquences de snowboard, témoignant d’un goût prononcé pour l’effort et le dépassement de soi.
Mais une autre facette, plus motorisée, complète le tableau : celle du “cross bitume”. Ses vidéos le montrent chevauchant des engins puissants — une Yamaha 1300 FJR, une Honda CRF de cross ou encore un scooter Tmax. Ce dernier modèle, justement, est celui que les enquêteurs soupçonnent d’avoir été utilisé par les malfaiteurs pour s’enfuir après le vol des joyaux de la Couronne au Louvre. Sur TikTok, “Doudou” partage aussi des séquences plus légères, où des enfants s’installent joyeusement sur sa moto, renforçant son image de figure locale populaire et accessible.
Cette identité numérique, bâtie sur l’exhibition de la force et de la performance, contraste radicalement avec le profil du cambrioleur méthodique et discret recherché dans cette affaire. Pourtant, les enquêteurs estiment avoir retrouvé son ADN sur l’une des vitrines fracturées et sur plusieurs objets abandonnés sur place. Celui de son complice présumé a été détecté sur un des deux scooters Tmax ayant servi à la fuite. Ces éléments ont conduit à leur arrestation, le 25 octobre, à Aubervilliers. Tous deux ont été mis en examen pour “vol en bande organisée” — un crime passible de quinze ans de réclusion — et pour “association de malfaiteurs”.
Chauffeur de taxi clandestin, Abdoulaye N. était déjà connu des services de police pour des faits de vols aggravés. Il devait d’ailleurs comparaître ce mercredi devant le tribunal de Bobigny pour des dégradations commises en 2019. Ce profil, tout comme celui de son complice, un ancien livreur, ne correspond pas à l’image classique des têtes pensantes du crime organisé, comme l’a souligné la procureure de Paris, Laure Beccuau : “Ce ne sont pas des profils que l’on associe généralement au haut du spectre de la criminalité organisée.”
Depuis sa mise en cause, ses comptes sur les réseaux sociaux ont été pris d’assaut par des internautes, oscillant entre moqueries et incrédulité. Certains lui lancent des piques ironiques — “T’as fait quoi des diamants de la couronne ?” ou “Rends les bijoux !” — tandis que d’autres commentent, mi-admiratifs, mi-amusés : “Il est chaud, le braqueur !” ou “T’as dû envoyer du lourd pour le Louvre !”.
Jusqu’ici, “Doudou” s’est montré peu loquace face aux enquêteurs, livrant des déclarations jugées “minimalistes” par le parquet. Ses publications, quant à elles, dressent le portrait d’un homme aux goûts éclectiques. Sur Instagram, il mêle références à la culture populaire — figurines de Dragon Ball Z, super-héros, Winnie l’Ourson — et clins d’œil à la culture rap américaine. On y trouve des images de Tupac Shakur, dont il semble revendiquer l’héritage, arborant sur sa photo de profil un bandana à la manière du rappeur légendaire, et des références à “Death Row”, le label fondé par Tupac.
Pour l’heure, le mystère reste entier : les huit joyaux de la Couronne, estimés à 88 millions d’euros, n’ont toujours pas été retrouvés. Abdoulaye N., comme ses co-suspects, demeure présumé innocent, mais son double visage — celui du sportif de rue et du présumé cambrioleur — fascine autant qu’il intrigue.