Société
Scandale au tribunal de Dakar : une fuite massive de données judiciaires sensibles éclabousse le bureau des flagrants délits
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par
Diack
Le Bureau d’enrôlement des dossiers de flagrants délits du tribunal de Dakar est au cœur d’un scandale d’une rare gravité, marqué par l’extraction massive et illégale de données judiciaires confidentielles. L’affaire, révélée par le quotidien Libération, met en lumière de sérieuses failles dans la sécurisation des informations sensibles au sein de l’institution judiciaire.
L’enquête, confiée à la Brigade des affaires générales de la Division des investigations criminelles, a déjà conduit à l’arrestation de trois individus aux profils différents mais étroitement liés dans ce dossier. Il s’agit de P. Sakho, présenté comme consultant en informatique, de M. Ka, surveillant principal de prison, et de I. Coulibaly, informaticien en poste au bureau de recouvrement du tribunal. Tous ont été déférés au parquet et poursuivis pour atteinte à l’administration de la justice.
Au cœur de cette affaire se trouve une découverte particulièrement préoccupante : pas moins de 4 792 dossiers judiciaires ont été retrouvés dans l’ordinateur personnel de Sakho. Ces documents couvrent une période de plus de cinq ans, allant du 1er décembre 2020 au 10 avril 2026. Leur contenu est jugé extrêmement sensible, comprenant notamment des identités de personnes mises en cause, la nature des infractions, des mandats de dépôt ainsi que des décisions de justice rendues.
Selon les premiers éléments de l’enquête, l’affaire a débuté de manière inattendue par un signalement effectué par Ka lui-même à l’encontre de Sakho. Le surveillant de prison explique avoir facilité l’accès du consultant aux locaux du tribunal, dans le cadre d’un projet présenté comme bénévole. Sakho aurait en effet proposé de concevoir un logiciel de numérisation destiné à moderniser un système d’enrôlement encore largement manuel. Une initiative qui, en apparence, s’inscrivait dans une dynamique d’amélioration du fonctionnement administratif.
Cependant, derrière cette collaboration supposée, Sakho aurait largement dépassé le cadre de l’autorisation qui lui avait été accordée. Profitant de ses multiples accès au Palais de justice, il aurait réussi à copier et à extraire une base de données complète, retraçant plusieurs années d’activité judiciaire. L’ampleur de la fuite soulève aujourd’hui de vives inquiétudes quant à l’utilisation qui pourrait être faite de ces informations.
Lors de son audition, Sakho a reconnu les faits, admettant avoir accédé aux registres d’enrôlement et manipulé des données judiciaires. Il affirme toutefois ne pas avoir agi seul, évoquant la complicité de certains agents du tribunal. Il cite notamment Coulibaly comme ayant facilité la transmission de données. De son côté, ce dernier reconnaît avoir commis une faute en transmettant des informations à une personne non habilitée, précisant que cela concernait uniquement les audiences de l’année 2025. Il conteste en revanche toute implication dans la collecte des données antérieures à sa prise de fonction en juin 2025, suggérant qu’elles pourraient provenir des registres conservés au bureau de Ka.
Face à ces déclarations divergentes, les enquêteurs s’emploient désormais à démêler les responsabilités de chacun et à déterminer si ces données ont été utilisées à des fins frauduleuses ou criminelles. L’aveu de Sakho, qui reconnaît avoir pleinement conscience du caractère sensible des informations manipulées, renforce la gravité des faits.
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