Education
Sénégal : vives tensions après des ponctions salariales allant jusqu’à 300 000 FCFA chez des enseignants grévistes
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par
Diack
Le climat social dans le secteur de l’éducation reste particulièrement tendu au Sénégal après un mois de février marqué par des mouvements d’humeur répétés. Entre débrayages, sit-in et grèves totales, les enseignants ont multiplié les actions pour réclamer la satisfaction de leurs revendications. En riposte, le gouvernement a procédé à des retenues sur salaires qui suscitent une vive controverse.
Dans la soirée du mercredi, de nombreux bulletins de solde ont circulé sur les réseaux sociaux, révélant des ponctions oscillant entre 100 000 et 250 000 FCFA, voire jusqu’à 300 000 FCFA pour certains agents. Ces montants correspondent, selon les autorités, aux journées de grève observées. Mais du côté des syndicats, la pilule passe mal. Les responsables dénoncent des retenues jugées excessives, injustifiées et politiquement motivées.
Dans les colonnes du quotidien L’Observateur, El Hadji Malick Youm, Secrétaire général national du Syndicat autonome des enseignants du moyen secondaire (Saems), n’a pas mâché ses mots. Il parle d’un « vol systématique » et d’un « vandalisme d’État ». Selon lui, des retenues ont été appliquées pour cinq, six ou sept jours de grève, atteignant des montants qu’il juge anormalement élevés. Il estime que l’État chercherait ainsi à renflouer ses caisses dans un contexte budgétaire difficile. À ses yeux, ces ponctions vont bien au-delà d’une simple application du principe du service non fait et s’apparentent à une mesure punitive destinée à affaiblir le mouvement syndical.
De son côté, Amidou Diédhiou, Secrétaire général des enseignants libres du Sénégal (Sael), dénonce également une décision disproportionnée. Il évoque un abus de pouvoir et une forme d’intimidation à l’encontre des enseignants. Selon lui, les retenues ne respecteraient pas scrupuleusement les dispositions réglementaires encadrant les prélèvements pour faits de grève. Il estime que la méthode employée contribue à détériorer davantage le climat social dans le secteur éducatif, déjà fragilisé par plusieurs mois de tensions.
Ces mouvements de protestation s’inscrivent dans une dynamique plus large de revendications portant notamment sur la réparation d’injustices liées aux carrières et aux retraites. Les enseignants réclament également une simplification et une accélération des procédures de promotion ainsi que la régularisation d’actes administratifs jugés trop longs et complexes. Beaucoup dénoncent des lenteurs bureaucratiques qui bloquent leur évolution professionnelle et impactent leurs droits financiers.
La décision du gouvernement d’appliquer des retenues sur salaires intervient dans un contexte où l’exécutif cherche à affirmer son autorité face aux perturbations du système scolaire. Pour les autorités, il s’agirait d’appliquer strictement le principe selon lequel toute journée non travaillée doit être déduite du traitement mensuel. Toutefois, l’ampleur des montants prélevés et la simultanéité des ponctions ont ravivé la colère des syndicats, qui y voient un signal de fermeté excessif.
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