La situation financière de la Senelec préoccupe au plus haut niveau de l’État. Le ministre de l’Énergie, du Pétrole et des Mines, Birame Souleye Diop, a lancé une alerte claire sur les difficultés auxquelles fait face la compagnie nationale d’électricité, malgré des indicateurs jugés globalement positifs. Entre factures impayées par des institutions publiques et pertes non techniques liées à la fraude, l’entreprise est confrontée à des tensions financières qui menacent ses ambitions de performance et d’expansion.
Selon le ministre, le montant total des factures d’électricité dues par plusieurs institutions publiques atteint 48,5 milliards de francs CFA. Une somme qualifiée de colossale, qui pèse lourdement sur la trésorerie de la société. Ces arriérés compromettent non seulement le rendement global de la Senelec, mais freinent également l’objectif stratégique du gouvernement : atteindre l’accès universel à l’électricité sur l’ensemble du territoire national. Dans un contexte où la demande énergétique continue de croître, ces impayés constituent un frein majeur à l’investissement et à l’amélioration des infrastructures.
À cette dette publique s’ajoutent les « pertes non techniques », expression utilisée pour désigner la fraude et le vol d’électricité. Même si aucun chiffre précis n’a été avancé concernant l’ampleur financière de ces détournements, le ministre les a qualifiés d’« extrêmement importants ». Ces pratiques, qui incluent les branchements clandestins et les manipulations de compteurs, représentent un manque à gagner significatif pour la société. Elles fragilisent son équilibre financier et compliquent la mission de fournir une énergie à un coût abordable aux 18 millions de Sénégalais.
L’impact combiné des impayés institutionnels et de la fraude crée un effet d’étau. D’un côté, la Senelec doit honorer ses engagements financiers, assurer la maintenance du réseau, investir dans de nouvelles capacités de production et soutenir la transition vers un mix énergétique plus performant. De l’autre, elle voit une partie de ses recettes théoriques s’évaporer, ce qui limite ses marges de manœuvre et renforce la pression sur ses finances.
Face à cette situation, Birame Soulèye Diop a annoncé des « actions coup de poing » qui seront déployées tout au long de l’année 2026 et en 2027. Ces mesures viseront à assainir les finances de la société, à renforcer les mécanismes de recouvrement et à lutter plus efficacement contre la fraude. L’objectif affiché est clair : transformer ces contraintes en leviers de performance et améliorer durablement la productivité de l’entreprise.
Le ministre a toutefois tenu à saluer la résilience de la direction et du personnel de la Senelec, soulignant que l’entreprise affiche, malgré les difficultés, une situation globale positive. Cette reconnaissance ne masque cependant pas la fermeté du ton adopté. « L’impunité sur les factures et la fraude ne sera plus tolérée », a-t-il martelé, laissant entendre que des sanctions pourraient accompagner les nouvelles mesures.
Au-delà de la gestion interne de la société, cette problématique soulève une question plus large de gouvernance et de discipline budgétaire au sein des entités publiques. Le règlement rapide des dettes institutionnelles apparaît désormais comme une condition essentielle pour consolider le secteur énergétique national. Dans un pays engagé dans une dynamique de modernisation et d’industrialisation, la solidité financière de la Senelec demeure un pilier stratégique pour soutenir la croissance et garantir un accès équitable et durable à l’électricité.