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Souveraineté africaine et recomposition du monde : Dakar au cœur d’un débat stratégique

Le Musée des Civilisations Noires a servi de cadre, ce jeudi 9 avril, à une conférence internationale de haut niveau consacrée à une réflexion profonde sur les mutations de l’ordre mondial et les enjeux de souveraineté, notamment pour les pays africains. Placée sous le thème « Entre autonomie et patriotisme, l’espace peut être réduit », la rencontre a réuni des figures de premier plan, parmi lesquelles le Premier ministre du Sénégal Ousmane Sonko et le géopolitologue français Pascal Boniface, en présence de membres du gouvernement, de diplomates et d’intellectuels.

Dans une intervention dense et structurée, Pascal Boniface a dressé un diagnostic critique de l’ordre international tel qu’il s’est construit à la suite de la Seconde Guerre mondiale. Il a rappelé que ce système reposait initialement sur des principes fondamentaux destinés à garantir la stabilité globale, notamment la souveraineté des États, le respect du droit international et le rôle central des institutions multilatérales comme Organisation des Nations unies. Ces mécanismes avaient pour objectif d’éviter la résurgence de conflits majeurs et de contenir les logiques de domination entre puissances.

Cependant, selon lui, cet édifice est aujourd’hui fragilisé par des pratiques de plus en plus marquées par le rapport de force. Il a pointé du doigt certaines grandes puissances qui, par le biais de pressions économiques, d’influences politiques ou d’interventions militaires, contournent les règles qu’elles avaient contribué à instaurer. Cette évolution traduit, à ses yeux, une inversion préoccupante des normes internationales : le droit, censé encadrer la puissance, tend désormais à lui être subordonné.

Dans cette perspective, Pascal Boniface a plaidé pour un retour à un multilatéralisme effectif, fondé sur une coopération équilibrée et un respect strict de la souveraineté des États. Il a également mis en garde contre les interventions extérieures justifiées au nom de la démocratie, estimant que celle-ci ne peut être imposée de l’extérieur, mais doit émerger des dynamiques internes propres à chaque société. Évoquant les orientations politiques adoptées sous l’administration de Donald Trump, il a dénoncé une logique unilatérale qui contribue à fragiliser davantage les équilibres internationaux et à accélérer la recomposition du système mondial.

Prenant la parole à son tour, Ousmane Sonko a salué la pertinence des analyses développées, tout en les inscrivant dans une lecture centrée sur les réalités africaines. Il a exprimé sa reconnaissance pour la place qui lui est accordée dans l’ouvrage de Pascal Boniface, Les Maîtres du Monde, y voyant un symbole de considération pour le Sénégal et, au-delà, pour le continent africain.

Son intervention s’est ensuite articulée autour d’une réflexion approfondie sur la souveraineté africaine. Le Premier ministre a rappelé que l’Afrique demeure marquée par les héritages de la traite négrière et de la colonisation, qui ont profondément désorganisé ses structures sociales et orienté ses économies vers des logiques de dépendance extérieure. À ses yeux, l’indépendance politique acquise au siècle dernier reste incomplète, faute d’avoir été accompagnée d’une véritable autonomie économique, monétaire et stratégique.

Il a insisté sur le fait que la souveraineté ne saurait être réduite à une reconnaissance formelle sur la scène internationale. Elle implique, selon lui, la capacité effective des États à définir leurs propres politiques, à contrôler leurs ressources et à orienter leur développement en fonction de leurs priorités. Dans cette optique, il a mis en garde contre les approches superficielles de la souveraineté, limitées à des discours sans traduction concrète.

Ousmane Sonko a également souligné que cette exigence suppose des choix difficiles, une discipline collective et une responsabilité politique assumée. Elle passe par une transformation en profondeur des structures économiques, afin de rompre avec les logiques d’extraversion, mais aussi par un effort soutenu de production intellectuelle, indispensable pour concevoir des modèles de développement adaptés aux réalités africaines.

Le chef du gouvernement a par ailleurs établi un lien étroit entre souveraineté, justice sociale et qualité de la gouvernance. Il a affirmé qu’aucune souveraineté durable ne peut exister sans une répartition équitable des richesses ni sans des institutions crédibles et exemplaires. Il a ainsi appelé à une mobilisation collective, en insistant sur le rôle déterminant des citoyens dans la consolidation d’un État fort, responsable et légitime.


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