Invité de l’émission Faram Facce sur TFM, Badara Gadiaga a effectué sa première sortie médiatique depuis sa libération. Face aux journalistes, il est apparu détendu mais déterminé, multipliant les remerciements avant de livrer un réquisitoire sans concession contre le Premier ministre Ousmane Sonko et le régime en place.
D’entrée de jeu, Badara Gadiaga a tenu à exprimer sa gratitude : « Si la volonté de certains était exaucée, aujourd’hui je ne serais pas face aux Sénégalais », a-t-il déclaré, saluant d’emblée le soutien indéfectible des Sénégalais et de la presse. Il a souligné n’avoir « passé un seul jour sans être aux titres des journaux ou à travers les ondes des radios ou les écrans de télévision ».
L’ancien détenu a ensuite rendu un vibrant hommage aux chefs religieux, citant nommément plusieurs guides spirituels. Il a également tenu à saluer des personnalités politiques, notamment des anciens ministres de la Justice comme Serigne Diop et Aïssata Tall Sall. Badara Gadiaga s’est réjoui de la mobilisation de treize avocats venus simultanément assurer sa défense gratuitement. Il a enfin remercié sa famille biologique, ses amis, l’administration pénitentiaire ainsi que ses codétenus.
Interrogé sur son acceptation du port d’un bracelet électronique, il a expliqué avoir fait ce choix pour « continuer le combat ». Friand de la figure de Nelson Mandela, il a puisé dans une anecdote du leader sud-africain, décédé alors qu’il était emprisonné. « Sortir m’a permis de voir ma maman et de lui expliquer ma décision de continuer à me battre », a-t-il confié, ajoutant avec émotion que sa mère lui a demandé de « ne jamais flancher », assurant qu’elle mourrait satisfaite de lui.
Le ton est monté d’un cran lorsque Badara Gadiaga a été interrogé sur le Premier ministre Ousmane Sonko. « Sonko est un apprenti dictateur qui se trompe de pays et d’époque », a-t-il martelé. Il a vivement critiqué l’utilisation d’un « langage grossier » qu’il attribue au chef du gouvernement, y compris à l’encontre de chefs religieux. Il s’est également désolé que, devenu Premier ministre, ce dernier ait choisi d’aller « rendre visite à des putschistes ».
Selon lui, Ousmane Sonko aurait « pour ambition de restreindre les libertés ». « Ousmane risque de s’auto-effacer. Le débat public le dérange. Il n’aime pas qu’on lui rappelle ses engagements. Il est allergique à la contradiction », a-t-il ajouté, citant l’ancien président Abdoulaye Wade pour qui « le désaccord n’est pas le désamour ».
Revenant sur les circonstances de son incarcération, Badara Gadiaga a affirmé que son arrestation visait à « réduire le bruit », mais que « c’est un tintamarre qui s’en est suivi ». Il s’est étonné du grief retenu contre lui : « On m’a collé le grief de déstabilisation d’un État. On m’a aussi imputé de détenir une société dont je venais d’entendre pour la première fois le nom », a-t-il déclaré.
Interrogé sur ses éventuelles ambitions politiques, l’invité de TFM a répondu ne « fuir aucune responsabilité » et a annoncé son intention de se présenter devant les Sénégalais pour « décliner sa feuille de route ».
S’agissant du bilan du régime Diomaye-Sonko après deux ans au pouvoir, Badara Gadiaga a dressé un tableau sombre. Il a estimé que les « étudiants, enseignants, commerçants, ambulants et paysans » – qu’il a présentés comme les principaux soutiens du tandem – sont les plus frustrés. « Étudiants dans les rues, commerçants taxés, enseignants ponctionnés, ambulants dégagés, paysans humiliés, voilà le refrain de ces deux ans du régime actuel », a-t-il résumé.
Il a poursuivi en regrettant : « Sonko disait qu’il avait trouvé un pays au quatrième sous-sol. Aujourd’hui, nous sommes au vingtième sous-sol ». Dans son diagnostic, il a évoqué la « mort du BTP » comme « symbole d’un échec cuisant », une situation qui n’a selon lui pas épargné le secteur informel, avant de conclure : « Les hommes d’affaires veulent tirer les hommes d’affaires ».
Cette première apparition publique de Badara Gadiaga marque ainsi son retour sur la scène médiatique et politique, avec des déclarations qui ne manqueront pas de susciter de vives réactions dans un climat politique déjà tendu.


















































