L’ancien ministre et intellectuel Yoro Dia a vivement critiqué, mercredi, le Premier ministre Ousmane Sonko, l’accusant de rechercher la vengeance au détriment de la justice. Dans une déclaration publiée sur le réseau social X, Yoro Dia a estimé que le principal problème résidait dans l’attitude même du chef du gouvernement vis-à-vis de l’institution judiciaire.
Selon lui, Ousmane Sonko ferait des magistrats, pourtant tenus par le devoir de réserve, sa cible privilégiée. Une posture qu’il qualifie d’« irresponsabilité illimitée » et de manque de grandeur, estimant qu’un Premier ministre devrait incarner l’élévation du débat public et le respect des institutions. Yoro Dia va plus loin en comparant la vision de la justice que prêterait Ousmane Sonko à celle de l’Ancien Régime, affirmant que « Sonko Ier veut une justice qui se résume à la lettre de cachet comme Louis XIV », une référence historique à l’arbitraire du pouvoir monarchique.
Ces critiques interviennent alors qu’Ousmane Sonko, en déplacement officiel au Maroc, s’est de nouveau exprimé sur le fonctionnement de la justice sénégalaise. Devant des interlocuteurs, le Premier ministre a dressé un constat sévère de l’état de l’institution judiciaire, qu’il considère comme l’un des maux profonds du pays. « L’un des problèmes fondamentaux de ce pays, et rien n’a été fait pour le changer, c’est la justice. Dans un pays, quand la justice est malade, c’est que tout le reste est malade », a-t-il déclaré.
Cette sortie du chef du gouvernement s’inscrit dans la continuité de ses prises de position critiques à l’égard du système judiciaire sénégalais, qu’il juge inefficace, partial et incapable de garantir l’égalité réelle des citoyens devant la loi. Toutefois, pour ses détracteurs, à l’image de Yoro Dia, cette dénonciation constante franchirait la ligne entre la réforme nécessaire de la justice et une remise en cause dangereuse de son indépendance.
La polémique relance ainsi le débat sur les relations entre le pouvoir exécutif et l’institution judiciaire au Sénégal. Entre volonté affichée de réformer en profondeur la justice et accusations d’acharnement ou de règlement de comptes, les déclarations croisées illustrent la tension persistante autour d’un secteur clé de la gouvernance et de l’État de droit.