Une affaire à la fois troublante et sensible agite la ville de Ziguinchor depuis quelques jours. Une jeune prostituée d’origine nigériane, porteuse du VIH, a été arrêtée par les éléments du Commissariat central après des accusations selon lesquelles elle aurait exprimé son intention de propager volontairement le virus à ses clients. Les faits, rapportés par le journal Libération, ont suscité une vive inquiétude au sein de la population locale, notamment en raison de la gravité des soupçons portés contre la mise en cause.
Selon les informations disponibles, tout est parti d’une dénonciation anonyme parvenue à la police le 30 octobre dernier. Le plaignant aurait remis aux enquêteurs des captures d’écran de conversations WhatsApp dans lesquelles la jeune femme, identifiée sous le nom de B.D. Elohor, alias Nelly, aurait tenu des propos inquiétants, affirmant vouloir « contaminer le maximum de Sénégalais ». Des déclarations d’une extrême gravité, qui ont immédiatement poussé les forces de l’ordre à ouvrir une enquête.
Sur la base de ces éléments, les policiers se sont rendus au bar “Alternative”, un lieu bien connu du centre-ville de Ziguinchor et régulièrement fréquenté par la mise en cause. Âgée de 23 ans, Nelly a été interpellée sur place et conduite dans les locaux du commissariat pour être entendue.
Lors de son audition, la jeune femme a reconnu être séropositive et exercer la prostitution, tout en rejetant fermement les accusations de propagation volontaire du virus. Selon ses déclarations, elle vivrait avec le VIH depuis sa naissance et suivrait un traitement médical régulier. Pour prouver sa bonne foi, elle a présenté aux enquêteurs sa carte consulaire, sa carte d’identité ainsi qu’un carnet de santé à jour, attestant de son suivi au Centre de référence des infections sexuellement transmissibles (IST) de Ziguinchor.
B.D. Elohor a affirmé qu’elle exige systématiquement le port du préservatif avec tous ses clients afin de ne pas les exposer à la contamination. Elle a également précisé qu’elle n’avait pas pu honorer son dernier rendez-vous médical prévu le 26 octobre à cause de ses menstrues, assurant qu’elle n’a jamais manqué volontairement une visite de contrôle.
Les autorités médicales de Ziguinchor ont confirmé que la jeune femme figure bien sur la liste des patients suivis et traités pour le VIH dans la région. Toutefois, les enquêteurs souhaitent vérifier la véracité des échanges électroniques transmis par le dénonciateur afin de déterminer s’ils sont authentiques ou s’il s’agit d’une manipulation.
L’affaire, encore à l’instruction, pose de nombreuses questions éthiques, sociales et sanitaires. D’un côté, les habitants de Ziguinchor expriment leur inquiétude face à ce qu’ils considèrent comme une menace pour la santé publique. De l’autre, certains acteurs de la société civile appellent à la prudence et à la préservation de la présomption d’innocence, soulignant qu’il serait injuste de condamner la jeune femme avant la fin de l’enquête.
Cette affaire met une fois de plus en lumière la fragilité du suivi sanitaire des travailleuses du sexe, en particulier celles venues de l’étranger, mais aussi les risques de stigmatisation des personnes vivant avec le VIH. Elle interpelle les autorités sanitaires et judiciaires sur la nécessité de renforcer les dispositifs de prévention, de contrôle et d’accompagnement, tout en garantissant le respect des droits humains fondamentaux.
Pour l’heure, B.D. Elohor reste sous enquête, et les résultats des expertises informatiques et médicales permettront de déterminer si les accusations portées contre elle sont fondées ou non. En attendant, la population de Ziguinchor reste suspendue à l’évolution de ce dossier sensible, où se mêlent santé publique, justice et éthique.