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Levée d’immunité parlementaire : l’Assemblée nationale face au dossier Mouhamadou Ngom dit « Farba »

L’Assemblée nationale du Sénégal s’apprête à franchir une étape décisive dans le dossier judiciaire visant le député Mouhamadou Ngom, plus connu sous le nom de « Farba ». Réunie en session ordinaire, la Commission ad hoc chargée d’examiner la demande de levée de son immunité parlementaire a rendu ses conclusions, recommandant que le parlementaire soit mis à la disposition de la justice. Une décision lourde de conséquences qui place désormais l’ensemble des députés face à leurs responsabilités.

Au terme des délibérations, le vote des membres de la Commission a été sans équivoque. Huit voix se sont prononcées en faveur de la levée de l’immunité parlementaire, contre deux voix défavorables et une abstention. Ce résultat traduit, selon plusieurs observateurs, une volonté affirmée de ne pas faire obstacle à l’action judiciaire, tout en respectant les prérogatives constitutionnelles liées au statut de député.

Le rapporteur de la Commission, Youngare Dione, a tenu à clarifier la portée de la démarche. Il a rappelé que la Commission ad hoc n’est pas une juridiction de jugement, mais un organe chargé de vérifier que la demande formulée par l’autorité judiciaire repose sur des bases sérieuses et loyales. Selon lui, il s’agit d’éviter que le privilège de l’immunité parlementaire, conçu pour protéger l’exercice du mandat, ne se transforme en instrument d’impunité. À ses yeux, les éléments transmis par le parquet présentent un caractère suffisamment grave pour justifier la poursuite de la procédure.

Entendu par ses collègues députés avec l’assistance de sa collègue Aïssata Tall, Mouhamadou Ngom a reconnu les faits matériels qui lui sont reprochés, notamment la détention de téléphones portables en milieu carcéral. Il a expliqué avoir conservé ces appareils afin de maintenir le contact avec sa famille. Toutefois, sa défense a vigoureusement contesté la régularité de la procédure engagée contre lui. Les avocats dénoncent un placement en garde à vue et des interrogatoires menés par la Section de recherches avant toute levée officielle de son immunité, estimant que ces actes constitueraient une violation des garanties attachées à son statut de parlementaire.

Les conseils du député ont également soulevé des manquements présumés au respect des droits de la défense. Ils reprochent aux enquêteurs d’avoir procédé à l’exploitation des téléphones en l’absence de ses avocats, ce qui, selon eux, entacherait la validité des éléments recueillis. Par ailleurs, Mouhamadou Ngom a mis en avant son état de santé, affirmant souffrir de pathologies incompatibles avec la détention. Deux expertises médicales auraient conclu en ce sens. Il déplore en outre le rejet répété de ses demandes de liberté provisoire, qu’il juge injustifié au regard de sa situation.

L’affaire trouve son origine dans une fouille inopinée menée dans la nuit du 29 au 30 décembre 2025 à la Maison d’arrêt du Pavillon spécial. Les agents pénitentiaires y ont découvert deux téléphones portables et cinq clés USB en possession du député, objets formellement interdits en milieu carcéral. Cette découverte a déclenché une série d’investigations techniques approfondies.

Selon le parquet, l’analyse des supports saisis aurait révélé des indices qualifiés de graves. Il est notamment question d’échanges téléphoniques multiples, de documents judiciaires couverts par le secret de l’instruction, de transactions financières et immobilières, ainsi que de contenus vidéo jugés impudiques. Ces éléments pourraient ouvrir la voie à des poursuites pour corruption, introduction frauduleuse d’objets prohibés en détention et diffusion d’images contraires aux bonnes mœurs.

Avec la recommandation désormais actée par la Commission ad hoc, la décision finale revient à la séance plénière de l’Assemblée nationale. Les députés devront se prononcer prochainement pour valider ou rejeter la levée de l’immunité parlementaire de leur collègue. Un vote qui permettra, en cas d’approbation, à la justice de poursuivre ses investigations sans entrave et d’établir les responsabilités éventuelles dans ce dossier aux multiples ramifications.

Au-delà du cas individuel de Mouhamadou Ngom, cette affaire relance le débat sur l’équilibre délicat entre protection de la fonction parlementaire et exigence de reddition des comptes. La plénière à venir s’annonce ainsi comme un moment déterminant, tant pour le député concerné que pour l’image de l’institution parlementaire.


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