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Politique

Assemblée nationale : Abdou Mbow interpelle frontalement Bamba Cissé sur ses positions passées et la responsabilité de l’État

L’atmosphère était particulièrement électrique, cet après-midi, à l’Assemblée nationale. Lors d’une séance marquée par de vives passes d’armes, le député Abdou Mbow a pris à partie le ministre de l’Intérieur, Bamba Cisse, en lui renvoyant ses propres déclarations d’il y a onze ans dans l’affaire non élucidée de la mort de l’étudiant Bassirou Faye.

Dès l’entame de son intervention, Abdou Mbow a planté le décor en rappelant qu’il avait, à l’époque, suivi avec attention les prises de position de l’avocat Bamba Cissé. « Il y a 11 ans, j’ai suivi en toute vérité un avocat, un brillant avocat », a-t-il déclaré en fixant le ministre. Le député a ensuite exhumé des propos tenus par ce dernier lorsqu’il plaidait sur le dossier Bassirou Faye. Selon lui, l’avocat soutenait alors que la police ne devait pas conduire l’enquête et que celle-ci aurait dû être confiée à la gendarmerie, estimant que cette dernière aurait pu garantir une « distanciation critique par rapport aux faits ».

En rappelant cette position, Abdou Mbow a cherché à souligner ce qu’il considère comme une contradiction entre les principes défendus hier et les responsabilités exercées aujourd’hui. Marquant une pause lourde de sens, il a insisté sur la chaîne de commandement et la responsabilité politique. « Aujourd’hui, vous êtes ministre de l’Intérieur. Enquête police, enquête gendarmerie… la responsabilité, monsieur le ministre, c’est la vôtre. Vous êtes responsable, votre Premier ministre est responsable », a-t-il martelé devant un hémicycle attentif.

Tout en reconnaissant les qualités personnelles et professionnelles de Bamba Cissé, le député a tenu à préciser qu’il ne remettait pas en cause son intégrité. « Vous êtes un homme de loi, vous êtes un homme attaché aux valeurs humaines. Je n’en doute pas », a-t-il concédé, rappelant des propos tenus en commission. Mais, a-t-il ajouté, « pour cette fois-ci, je pense que vous devez prendre vos responsabilités et ne pas chercher de bons commissaires », laissant entendre que l’heure n’était plus aux justifications techniques mais à une clarification politique.

Le débat s’est ensuite élargi au lourd bilan humain des troubles survenus ces dernières années. Évoquant « 80 morts », Abdou Mbow a ravivé une plaie encore vive dans l’opinion publique. Il est revenu sur des déclarations antérieures qu’il attribue au ministre, notamment des propos qualifiant certains étudiants de « brigands ». S’il a affirmé ne pas mettre en doute les déclarations du procureur de la République sur certains faits, il a néanmoins insisté sur la nécessité d’une lecture globale des événements survenus entre 2021 et 2024.

Sans les citer nommément, le député a également visé d’autres membres de l’exécutif, pointant ce qu’il considère comme des incohérences entre les discours d’hier et les responsabilités d’aujourd’hui. Il a fait allusion à des prises de position passées de certains responsables désormais aux commandes de l’État, les accusant d’avoir, à une période donnée, encouragé une forme d’escalade.

Dans un contexte marqué par l’adoption d’une loi d’amnistie et les récentes décisions du Conseil constitutionnel, Abdou Mbow a conclu son intervention par un appel solennel. « Monsieur le ministre, il faut que la justice aille jusqu’au bout », a-t-il lancé, estimant que seule une clarification judiciaire complète pourrait apaiser les tensions et restaurer la confiance.


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