Justice
Affaire des 4 792 dossiers judiciaires : trois prévenus placés sous mandat de dépôt, le parquet requiert des peines différenciées
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par
Diack
L’affaire de l’acquisition illicite de milliers de dossiers issus du Bureau d’enrôlement des flagrants délits du parquet de Dakar a connu une avancée majeure avec le placement sous mandat de dépôt de trois mis en cause, le 13 avril 2026. Arrêtés par la Brigade des affaires générales de la Division des Investigations Criminelles, les prévenus sont poursuivis pour leur implication présumée dans la collecte et l’exploitation irrégulière de données judiciaires sensibles.
Au cœur du dossier, Pierre Sakho, consultant en informatique de nationalité franco-sénégalaise, est accusé de « collecte et traitement de données à caractère sensible ». Lors de l’audience, le procureur de la République a requis à son encontre une peine de deux ans de prison ferme, assortie d’une amende de 200 000 FCFA, ainsi que la confiscation de son téléphone et de son ordinateur. Le représentant du parquet a insisté sur la gravité des faits, évoquant une manipulation de données confidentielles provenant directement du Bureau d’enrôlement, avant de conclure à la culpabilité du prévenu.
Face au juge, Pierre Sakho a reconnu être en possession de 4 792 dossiers, ce qui représente environ 7 % de la base de données du service concerné. Il a toutefois tenté de relativiser les faits en affirmant que son intention était purement technique, dans le cadre d’une démonstration visant à proposer une solution numérique. Interrogé sur la provenance des données, certaines remontant jusqu’à 2020, il a expliqué les avoir obtenues à partir de l’ordinateur d’une certaine Mariama, avec l’aide d’Ibrahima Coulibaly.
Ce dernier, informaticien au Bureau de recouvrement des dépens et amendes, est poursuivi pour complicité. À la barre, il a reconnu avoir transmis des informations à Pierre Sakho, affirmant toutefois avoir agi sans intention frauduleuse. Selon ses déclarations, il fréquentait régulièrement le bureau d’enrôlement dans le cadre de ses fonctions et pensait que Pierre Sakho travaillait pour le tribunal. Le parquet a requis contre lui une peine assortie de sursis ainsi qu’une amende de 50 000 FCFA.
Le troisième prévenu, Makhtar Ka, surveillant à la prison principale et en service au Bureau d’enrôlement des flagrants délits, a également comparu. Il est poursuivi pour son rôle supposé dans l’affaire, bien qu’il ait fermement nié toute implication dans la transmission de données. Il a expliqué avoir renoué contact avec Pierre Sakho en 2023, dans un contexte personnel lié à des soins de rééducation après un accident. Selon lui, leur relation s’inscrivait ensuite dans une dynamique professionnelle, Pierre Sakho ayant proposé de développer un logiciel destiné à moderniser la gestion des dossiers.
Makhtar Ka a soutenu qu’il ignorait totalement que des données avaient été extraites et utilisées. Il affirme avoir découvert la situation lors d’une présentation du logiciel, constatant alors que Pierre Sakho détenait des informations couvrant plusieurs années. Il dit avoir immédiatement réagi en saisissant ses appareils avant de le conduire aux autorités compétentes. Le parquet a requis à son encontre une amende de 100 000 FCFA avec sursis.
La défense de Makhtar Ka s’est fortement mobilisée, avec une trentaine d’avocats constitués pour plaider sa cause. Ils ont soutenu que leur client n’avait aucune intention frauduleuse et qu’il cherchait uniquement à améliorer les conditions de travail au sein du service. Ils ont ainsi plaidé la relaxe, mettant en avant l’absence d’éléments intentionnels dans les faits qui lui sont reprochés.
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