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Pour une réforme des curricula ancrée dans nos valeurs

L’intellectuel n’est-il pas celui qui sait mettre son savoir au service de sa communauté ? Diplômé, chercheur ou non, nous devons avant tout être utiles à notre communauté. Le savoir n’a de véritable sens que lorsqu’il contribue à améliorer la vie des…

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Pour une réforme des curricula ancrée dans nos valeurs

L’intellectuel n’est-il pas celui qui sait mettre son savoir au service de sa communauté ?

Diplômé, chercheur ou non, nous devons avant tout être utiles à notre communauté. Le savoir n’a de véritable sens que lorsqu’il contribue à améliorer la vie des autres et à répondre aux besoins de la société.

D’aucuns confondent souvent éducation et instruction. Ce n’est pas seulement le fait d’aller à l’école et d’accumuler des diplômes qui constitue l’éducation. Nos anciens ont fréquenté ce que le colonisateur appelait l’école « non formelle », la « case de l’homme », « na mbaax ». Dans cette école de la sagesse, ils ont appris le savoir, le savoir-être, le savoir-faire et le savoir-devenir. Ces qualités sont essentielles pour tout individu qui aspire à diriger, à présider aux destinées de ses semblables.

Cette école fréquentée par nos anciens était celle de la communauté. Comme le dit l’adage africain, pour qu’un enfant grandisse, il faut tout un village. Les espaces communautaires de transmission des savoirs étaient nombreux : au « Ndout », sous l’arbre à palabres, dans les champs, au « Sirola », au « ngaynak na », au « maaxola », lors des veillées.

De véritables intellectuels et acteurs du développement étaient formés dans cette école. En milieu sérère, toutes les cérémonies familiales revêtent une dimension particulière et formatrice à la vie en communauté. À l’issue de chaque rite, l’individu acquiert de nouvelles connaissances qui contribuent à son accomplissement.

En affirmant qu’il est « un diplômé de la grande université de la parole enseignée à l’ombre des baobabs », Amadou Hampâté Bâ donne tout son sens à l’école communautaire traditionnelle africaine. Il nous montre, à bien des égards, que l’éducation ne se limite pas aux murs de l’école dite formelle ni aux diplômes. Elle se construit aussi dans la communauté, dans la transmission des savoirs, dans l’expérience et dans les valeurs.

Dans nos sociétés traditionnelles, beaucoup de savoirs étaient transmis par la pratique et l’expérience. L’éducation préparait non seulement l’individu à connaître, mais aussi à vivre avec les autres, à servir sa communauté et à assumer ses responsabilités. À travers son vécu, l’homme acquiert une formation qui fait de lui un cadre compétent dans son domaine.

Multiples sont donc les enseignements que nous pouvons tirer du trésor de nos traditions afin de réformer nos curricula. Ces réformes ne devraient pas être seulement des réformes des contenus ou des programmes scolaires. Elles devraient plutôt être une occasion de réconcilier l’école et la société, de rapprocher les savoirs scientifiques des savoirs endogènes et de redonner une place aux valeurs fondamentales qui ont longtemps structuré nos communautés : la solidarité, le respect, la responsabilité, le travail, la dignité, le sens du collectif et le service de la communauté.

Par ailleurs, les enseignements que nous pouvons tirer de nos valeurs traditionnelles ne sauraient être opposés à ceux de l’école formelle. Bien au contraire. Dans ce contexte de mondialisation, l’éducation scientifique et technologique mérite d’être repensée et restructurée par nos États en fonction de nos réalités sociales, culturelles et historiques. Il nous faut donc chercher à développer un véritable sentiment de complémentarité entre les vécus, les savoirs et les différentes réalités.

Le numérique, notamment à travers les réseaux sociaux, a profondément bouleversé nos habitudes de vie communautaire. Pourtant, il peut aussi être transformé en un puissant outil de transmission de notre legs ancestral, de nos valeurs et de nos savoirs. Tirons donc de nos traditions le meilleur de leur trésor pour bâtir l’école de demain.

Oui à une réforme des curricula.
Oui à une éducation moderne, scientifique et technologique.
Mais surtout, oui à une éducation enracinée dans nos valeurs et nos valeurs fondamentales.

Dr Philippe Malick DIONE
Professeur d’Histoire-Géographie au Lycée d’excellence franco-arabe Daara Rama de Diamniadio
pmdione416@gmail.com

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