Un vent de tension souffle au sein de la majorité parlementaire. Deux figures bien connues de l’hémicycle, Guy Marius Sagna et Ismaïla Diallo, tous deux membres du parti au pouvoir, Pastef, se sont livrés à une passe d’armes médiatique qui ne laisse personne indifférent — pas même les militants du parti.
Tout est parti d’une prise de parole de Guy Marius Sagna ce jeudi, dénonçant avec vigueur certaines pratiques persistantes à l’Assemblée nationale, qu’il juge contraires à l’esprit de rupture et de rigueur que Pastef promettait. Pour le député, il est temps de tourner la page des vieilles habitudes.
la distribution de “Sukëru koor” (cadeaux de Ramadan) aux députés ; les aides financières octroyées aux groupes parlementaires sans transparence ni compte rendu ; les billets de pèlerinage distribués sans critères clairs ; l’absence de concertation sur des questions aussi cruciales que l’achat de véhicules pour les députés ; et surtout, le manque de reddition des comptes de la Commission comptabilité et contrôle, dont il est pourtant membre.
Pour GMS, ces pratiques ternissent l’image du parti qui a pourtant bâti son ascension sur une promesse de gouvernance sobre et vertueuse.
La réponse du vice-président de l’Assemblée nationale ne s’est pas fait attendre. Dans une déclaration sèche, Ismaïla Diallo accuse Guy Marius Sagna d’avoir « un agenda personnel » et de jouer un double jeu.
Il remet en question l’authenticité des critiques du député, l’invitant à faire preuve de cohérence. « Il parle d’orthodoxie budgétaire, mais il perçoit des indemnités importantes de la CEDEAO tout en continuant à bénéficier du soutien de l’Assemblée nationale. Qu’il commence par là ! », tacle Diallo, qui accuse son collègue de cumuler les avantages sans transparence.
Il va plus loin en dénonçant une prétendue dette de 500 000 FCFA contractée par Guy Marius Sagna auprès du groupe parlementaire Yewwi, laissant entendre que son discours sur la rigueur budgétaire serait à géométrie variable.
Ces échanges révèlent une fracture jusque-là contenue au sein de la majorité parlementaire, pourtant issue du même combat politique. La virulence du ton entre deux députés historiquement proches, et militants de la première heure de Pastef, traduit un malaise profond sur la gestion des pratiques internes au Parlement.
Des voix parmi les militants se sont exprimées sur les réseaux sociaux, partagées entre soutien à Guy Marius Sagna pour son franc-parler et déception face à cette querelle publique qui éclabousse l’image du parti.
Ce duel entre Sagna et Diallo soulève en réalité une question plus large : la majorité issue des rangs de Pastef est-elle prête à assumer jusqu’au bout les promesses de rupture et de gestion vertueuse ? Ou assiste-t-on, à travers cet échange musclé, aux premiers signes de dérives internes et de règlements de comptes politiques ?