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Babacar Abba Mbaye rompt le silence, rejoint Kiiraay et dresse un sévère réquisitoire sur la situation du Sénégal

Après plusieurs mois d’absence de la scène politique nationale, Babacar Abba Mbaye signe son retour avec une prise de parole remarquée. Dans un entretien accordé au journal Les Échos, le président du mouvement Convictions revient sur les raisons de son silence, révèle avoir rencontré le président Bassirou Diomaye Faye au début du mois de juillet et officialise son adhésion au nouveau parti présidentiel Kiiraay, dont il se présente comme membre fondateur. Il en profite également pour livrer une analyse critique de la conjoncture politique, économique et institutionnelle du Sénégal.

Babacar Abba Mbaye explique que son retrait du débat public était motivé par un séjour en France, où il a suivi une formation à Sciences Po Paris. À ses yeux, cette parenthèse académique répondait à un besoin de renforcement des compétences et d’actualisation des connaissances, dans un contexte où les défis auxquels sont confrontés les États exigent des responsables politiques une préparation toujours plus solide.

L’ancien parlementaire estime que la classe politique sénégalaise souffre d’un déficit de renouvellement et de formation. Il regrette que les postes stratégiques de l’administration soient de plus en plus confiés à des technocrates, au motif que les responsables politiques seraient, par principe, moins compétents ou moins vertueux. Une perception qu’il juge injuste, rappelant que les partis politiques sénégalais ont formé de nombreuses personnalités dotées d’une véritable culture de l’État, d’un profond sens de la République et de compétences avérées.

S’il reconnaît les difficultés auxquelles font face les formations politiques, Babacar Abba Mbaye appelle néanmoins celles-ci à engager une profonde mutation. Selon lui, elles doivent moderniser leur fonctionnement, améliorer leurs mécanismes de sélection des cadres et favoriser l’émergence de nouvelles générations capables de répondre aux exigences de la gouvernance publique. Il considère que la régénération de la classe politique constitue désormais un impératif pour renforcer la crédibilité de l’action publique.

Évoquant la situation nationale, le président de Convictions confie avoir suivi, depuis l’étranger, les évolutions politiques du Sénégal avec « beaucoup de désolation et d’inquiétude ». Il rappelle avoir, dès la publication du rapport de la Cour des comptes, alerté sur les conséquences qu’il jugeait inévitables pour le mandat en cours. Selon lui, les erreurs de communication, les choix opérés et certaines postures adoptées au début de la gouvernance ont contribué à fragiliser davantage un contexte économique déjà difficile.

La question de la dette publique demeure, selon Babacar Abba Mbaye, le principal défi auquel le Sénégal devra faire face durant les prochaines années. Il estime que son poids pèsera durablement sur les finances publiques et limitera les capacités d’investissement de l’État. Toutefois, au-delà des considérations économiques, il se dit surtout préoccupé par la dégradation du débat public. Il déplore ce qu’il qualifie de médiocrité des échanges politiques, estimant que celle-ci nourrit des polémiques inutiles et des tensions qu’il juge contre-productives pour le pays.

Au cours de cet entretien, Babacar Abba Mbaye confirme également avoir rencontré le président Bassirou Diomaye Faye au début du mois de juillet. Il indique que cette discussion, qu’il décrit comme franche et approfondie, l’a convaincu d’apporter son soutien au chef de l’État.

Selon lui, le président de la République souhaite recentrer le débat national sur l’action gouvernementale afin de restaurer la confiance des partenaires techniques et financiers, des bailleurs internationaux ainsi que des investisseurs privés. Babacar Abba Mbaye estime cependant que le parti qui devait initialement porter cette dynamique ne semble pas en mesure de remplir pleinement cette mission. Il considère que les affrontements politiques internes risqueraient de détourner l’attention des véritables priorités économiques du pays.

Officialisant son engagement, il affirme être membre fondateur de Kiiraay, la nouvelle formation politique lancée autour du président Bassirou Diomaye Faye. Pour lui, l’urgence consiste à relancer l’économie, restaurer la confiance des investisseurs et redonner à l’État une capacité d’investissement suffisante pour soutenir la croissance. Il évoque notamment la baisse des investissements directs étrangers, qu’il interprète comme le symptôme d’une perte de confiance envers le Sénégal.

Selon Babacar Abba Mbaye, le pays est progressivement passé du statut de référence démocratique en Afrique de l’Ouest à celui d’un État observé avec davantage de scepticisme. Une évolution qu’il attribue à certaines pratiques et controverses politiques ayant affecté l’image du Sénégal sur la scène internationale.

L’ancien député s’est également prononcé sur les débats entourant la durée du mandat présidentiel. Il juge ces polémiques particulièrement dangereuses pour le pays, estimant qu’elles détournent l’attention des véritables urgences économiques et sociales. À ses yeux, le président de la République a aujourd’hui davantage besoin d’un climat politique apaisé que de controverses institutionnelles susceptibles de raviver les tensions.

Pour Babacar Abba Mbaye, la réflexion sur le temps politique ne peut être réduite à la seule question de la durée des mandats. Il estime que les crises successives obligent désormais les États à privilégier des politiques de court terme, tandis que le poids de la dette réduit considérablement les marges de manœuvre budgétaires. Il craint que les futurs emprunts servent principalement au remboursement des engagements existants plutôt qu’au financement de nouveaux projets de développement.

L’ancien parlementaire n’a pas manqué de critiquer certaines décisions institutionnelles prises ces dernières années. Revenant sur la suppression du Conseil économique, social et environnemental ainsi que du Haut Conseil des collectivités territoriales, il rappelle avoir participé aux débats parlementaires ayant conduit à leur disparition, officiellement pour des raisons d’économie budgétaire.

Il estime toutefois qu’il existe aujourd’hui une incohérence entre les arguments avancés à l’époque et certaines dépenses actuelles, notamment en ce qui concerne les fonds politiques. Selon lui, les institutions ne doivent jamais être modifiées pour répondre aux intérêts d’un individu ou d’un parti, mais dans le seul objectif de renforcer l’efficacité de l’État et de servir durablement les intérêts de la nation.

Sur le terrain politique, Babacar Abba Mbaye annonce enfin son intention de structurer rapidement Kiiraay dans le département de Saint-Louis. Il prévoit d’y installer des équipes locales afin de préparer les prochaines élections territoriales et de renforcer l’implantation du parti présidentiel.


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