Les populations de la région de Matam devront encore faire preuve de patience avant de voir se concrétiser l’un des projets sanitaires les plus attendus de ces dernières années. Les travaux de construction de l’hôpital de niveau 2 d’Ourossogui sont totalement à l’arrêt depuis près de deux ans, plongeant l’infrastructure dans une situation d’incertitude prolongée. Lancé en juin 2021, le chantier devait initialement être livré 18 mois plus tard, mais il est aujourd’hui paralysé par un contentieux opposant l’État du Sénégal à l’entreprise en charge des travaux, Ellipse.
En visite de terrain dans la région, le ministre des Infrastructures, Déthié Fall, est revenu en détail sur les raisons de cette interruption qui suscite incompréhension et frustration chez les populations locales. Selon l’autorité ministérielle, le blocage trouve son origine dans un profond désaccord technique et contractuel entre l’État et l’entreprise adjudicataire. Le chantier a été stoppé à la suite d’une mise en demeure adressée à Ellipse, lui intimant de reprendre les travaux conformément aux normes et aux exigences prévues dans le cahier des charges.
Face à cette injonction, l’entreprise a répondu par des arguments qui ont rapidement fait basculer le dossier sur le terrain judiciaire. « La réponse de l’entreprise est actuellement en cours de traitement au niveau du ministère de la Justice. À l’issue de cet examen, nous saurons quelle suite donner à cette affaire extrêmement sérieuse », a indiqué Déthié Fall, soulignant la complexité et la sensibilité du dossier. En attendant l’issue de cette procédure, le chantier demeure à l’arrêt, au grand dam des populations de Matam qui continuent de souffrir d’un accès limité à des soins spécialisés.
Le ministre a également précisé que le projet de l’hôpital d’Ourossogui présente un caractère particulier. Il s’agit du seul chantier sanitaire intégré dans un portefeuille de projets majoritairement pilotés sous l’égide du ministère de la Justice, lequel comprend essentiellement des palais de justice et des établissements pénitentiaires. Cette configuration singulière contribue, selon lui, à la complexité de la gestion du dossier et à la lenteur des décisions.
Au-delà du cas de l’hôpital, Déthié Fall a profité de sa visite pour tirer la sonnette d’alarme sur d’autres chantiers de la région confiés à la même entreprise. Il a notamment fait état de manquements graves observés dans plusieurs établissements pénitentiaires. « Il y a des prisons où des défaillances ont été notées sur la qualité du travail effectué. Même sur des bâtiments déjà livrés et occupés, nous avons identifié des malfaçons », a-t-il dénoncé, évoquant des constats préoccupants pour la sécurité et la durabilité des infrastructures publiques.
Ces irrégularités, dûment consignées par les services techniques de l’État, ont conduit à l’envoi d’une mise en demeure globale à l’entreprise concernée, lui exigeant une mise aux normes immédiate de l’ensemble des ouvrages incriminés. En collaboration étroite avec l’Agent Judiciaire de l’État, le gouvernement examine actuellement les options juridiques et administratives permettant de trancher ce contentieux.