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Dette publique : le FMI renvoie le Sénégal à ses choix souverains

Le Fonds monétaire international (FMI) a affirmé, dans un communiqué relayé par Bloomberg, avoir discuté avec les autorités sénégalaises de plusieurs pistes pour faire face aux « importantes vulnérabilités liées à la dette » du pays. Toutefois, l’institution internationale précise qu’il revient au gouvernement sénégalais de décider souverainement de la manière dont il souhaite gérer cette situation.

Cette position intervient dans un contexte tendu sur les marchés financiers. Les déclarations du Premier ministre Ousmane Sonko, la semaine dernière, rejetant toute idée de restructuration de la dette publique, ont déclenché une nouvelle vague de ventes massives d’obligations sénégalaises, aggravant la pression sur les taux d’intérêt. Les rendements des eurobonds sénégalais ont fortement fluctué : celui des obligations à échéance 2031, qui avait connu lundi la plus forte chute jamais enregistrée, est retombé de cinq points de base à 15,32 % mardi matin à Londres, tandis que celui des titres à échéance 2048 a légèrement progressé à 11,97 %.

L’actuelle crispation entre Dakar et les bailleurs internationaux trouve ses origines dans la découverte, en 2024, de plus de 7 milliards de dollars de dettes non déclarées, accumulées sous le précédent régime. Cette révélation avait conduit à la suspension du précédent programme du FMI, d’un montant de 1,8 milliard de dollars, gelé dans l’attente d’un audit complet et d’un assainissement budgétaire.

Une mission du FMI s’est rendue à Dakar la semaine dernière pour évaluer la situation macroéconomique et explorer la possibilité d’un nouvel accord de financement, mais les discussions se sont achevées sans conclusion. Le FMI a toutefois précisé que toute décision concernant une éventuelle restructuration de la dette dépendra d’une analyse de soutenabilité, dont les résultats sont attendus dans les prochaines semaines.

« Le choix et la nature spécifique des opérations sur la dette, y compris la décision de procéder ou non à une restructuration, relèvent d’une décision souveraine », a déclaré un porte-parole du FMI dans une réponse par courriel adressée à Bloomberg.

Pour le Premier ministre Ousmane Sonko, il n’est pas question de céder à une pression extérieure. Dans une déclaration publique, il a estimé que la dette du Sénégal restait soutenable et qu’une restructuration — perçue comme un aveu de faiblesse ou de défaut — n’était pas envisageable. Cette position s’inscrit dans une logique de souveraineté économique chère au tandem Bassirou Diomaye Faye – Ousmane Sonko, qui prône une gouvernance plus indépendante des institutions financières internationales.

Mais cette intransigeance a un coût : selon Leeuwner Esterhuysen, analyste chez Oxford Economics, le refus de restructurer la dette « limite considérablement les marges de manœuvre du Sénégal si l’appui extérieur venait à être retardé ou réduit ». Sans restructuration, « le pays devra se tourner vers un financement intérieur plus coûteux ou opérer d’importantes coupes budgétaires, au risque de provoquer des tensions économiques et sociales », avertit-il.

Le FMI, de son côté, insiste sur son rôle d’assistance technique et analytique, non de contrainte politique. « L’analyse des politiques économiques et la formulation de recommandations font partie du mandat du FMI, mais les décisions finales appartiennent toujours aux autorités nationales », a rappelé son porte-parole.

Cette formulation diplomatique illustre bien la complexité de la situation : entre la volonté d’affirmer une souveraineté économique retrouvée et la nécessité de rassurer les investisseurs, le Sénégal avance sur une ligne de crête. Si le gouvernement campe sur sa position, il devra impérativement convaincre par des réformes internes crédibles, sous peine de voir les marchés se fermer davantage à lui.


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