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Quand les bourreaux se font juges : riposte aux ministres de la Justice de l’AES

Mamadou Ismaïla KONATE, Avocat aux Barreaux du Mali et de Paris, Arbitre, Ancien Garde des Sceaux, ministre de la Justice

Il est pour le moins grotesque – pour ne pas dire obscène – de voir des responsables en charge de la Justice et des droits de l’homme, ressortissants de pays où le droit est piétiné, la justice instrumentalisée et les libertés annihilées, prétendre donner des leçons de démocratie et de droits fondamentaux.

Le communiqué lu à la télévision malienne au nom des garde des Sceaux, ministres de la Justice des pays de l’Alliance des États du Sahel, est une imposture. Sinon, comment oser dénoncer ailleurs – même à raison – des violations qu’ils ne cessent de pratiquer quotidiennement chez eux ? Comment oser parler de justice quand ces ministres ont choisi de cesser d’être des ministres pour s’ériger en greffiers dociles de dictatures en treillis, exécutant les caprices des putschistes installés au pouvoir par la force ?

L’indignation affichée par ces ministres à travers leurs communiqués face aux sanctions ou aux critiques internationales – notamment de l’Union européenne à l’égard d’une activiste se revendiquant du panafricanisme – est tout aussi blâmable que leur silence complice à l’égard des crimes commis et qui se commettent encore dans leurs pays. Leur texte indigeste n’est rien d’autre qu’un masque cynique, une tentative désespérée de dissimuler leurs propres crimes : arrestations arbitraires, massacres impunis, dissolution de la vie politique, séquestration de dirigeants légitimes, disparitions forcées.

L’indécence de leur posture internationale

Ces ministres brandissent à la moindre occasion les lois, traités et conventions internationaux – Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, Pacte international relatif aux droits civils et politiques, Convention contre la torture – comme s’ils en étaient les gardiens, alors même que les juges de leurs pays les ignorent chaque jour, sans cesse et sans répit. Or, leur indignation est une véritable indécence, puisque ces instruments sont foulés aux pieds à longueur de journée. Ils violent la liberté d’association qu’ils invoquent, en dissolvant ou suspendant les partis politiques. Ils méconnaissent le droit à la sûreté et à la dignité qu’ils citent, en séquestrant des opposants et des chefs d’État légitimes. Ils trahissent l’obligation d’enquêter et de sanctionner les crimes graves, en couvrant des massacres de civils. Parler au nom du droit international quand on le piétine dans son propre pays relève du cynisme le plus achevé.

La preuve par les faits : violations flagrantes dans l’AES

Hypocrisie et forfaiture

Ces régimes militaires qui s’autoproclament « défenseurs des peuples » sont en réalité les fossoyeurs de la justice et de la liberté. Ils accusent les autres de violations, mais chez eux, ils dissolvent les partis, emprisonnent les opposants, font taire les médias et couvrent des massacres de masse. Leur invocation des textes internationaux n’est qu’un blasphème juridique: se draper dans la légalité universelle tout en la foulant au sol.

Qu’ils se taisent !

Quand la parole est ainsi confisquée par les bourreaux, il ne reste qu’à rappeler cette maxime : nul n’a le droit de donner des leçons de justice quand il en est le premier fossoyeur. Ces ministres n’incarnent ni la justice, ni le droit, ni la dignité. Ils incarnent l’imposture. Leur discours ne mérite qu’un seul verdict : le silence des peuples qu’ils oppriment et le rejet de l’Histoire.

Mamadou Ismaïla KONATE, Avocat aux Barreaux du Mali et de Paris, Arbitre, Ancien Garde des Sceaux, ministre de la Justice




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