La réaction du Premier ministre Ousmane Sonko à propos des récents refus de visas par les États-Unis continue de susciter de vives critiques au sein de la classe politique sénégalaise. Parmi les voix les plus virulentes figure celle de Thierno Alassane Sall, président du parti La République des Valeurs, qui a publié ce week-end une déclaration au vitriol à l’endroit du chef du gouvernement.
Dans un message posté sur sa page Facebook, l’ancien ministre a dénoncé une prise de parole qu’il juge « populiste » et « irresponsable », accusant Ousmane Sonko de chercher à entretenir un climat de fanatisme chez ses partisans au détriment de l’image du Sénégal sur la scène internationale. « Le Premier ministre Ousmane Sonko doit savoir que ses déclarations populistes, destinées à nourrir le fanatisme de ses thuriféraires, peuvent avoir des conséquences graves pour notre pays », a-t-il écrit.
Thierno Alassane Sall pointe en particulier le risque de dégradation de la perception du Sénégal auprès des partenaires internationaux. Il évoque une perte de crédibilité susceptible d’aggraver les conditions d’accès aux financements extérieurs. « La cote du Sénégal auprès des institutions financières ne cesse de plonger à mesure de ses sorties désinvoltes. Et on le paie très cher en termes de taux d’intérêt sur nos emprunts », alerte-t-il, dans un contexte où la question de la dette et du financement du développement occupe une place centrale dans le débat public.
Ce qui semble avoir particulièrement irrité Thierno Alassane Sall, c’est la référence faite par Ousmane Sonko à l’ancien président américain Donald Trump et à l’idée d’un bras de fer diplomatique. « Comme si cela ne suffisait pas, le voilà qui appelle au gatsa-gatsa avec Donald Trump. En mesure-t-il seulement les potentielles conséquences désastreuses pour le Sénégal et les nombreux Sénégalais qui vivent aux USA ? », s’est-il interrogé avec gravité.
Au-delà du fond, c’est également la forme de la communication du Premier ministre qui est critiquée. Thierno Alassane Sall estime que la diplomatie exige une certaine retenue, de la rigueur et une parfaite maîtrise des codes internationaux. « En diplomatie, il y a une façon de se faire respecter sans exposer ses émotions au grand public et verser dans la démagogie ; le gatsa-gatsa n’y a pas sa place », a-t-il déclaré, concluant sans ambiguïté : « Aucune surprise cependant : cette sortie, dans la forme comme dans le fond, n’est qu’une expression de l’incompétence. »
Enfin, dans une formule qui traduit toute sa désillusion, l’opposant déplore l’évolution actuelle du pays sur le plan diplomatique : « Pauvre Sénégal ! Hier pays phare de la région, nous voilà parmi les parias. » Une sortie qui risque d’alimenter davantage la polarisation politique autour du style de gouvernance du Premier ministre Ousmane Sonko et de sa gestion des relations internationales.