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Politique

Révolution ou dérive ? Mamoudou Ibra Kane objecte à Me Ciré Clédor Ly

Dans une tribune musclée, le journaliste Mamoudou Ibra Kane répond à Me Ciré Clédor Ly, dénonçant une vision radicale de la rupture et une dérive autoritaire masquée sous les habits de la révolution.

Dans un style direct, nourri d’érudition politique et de références historiques, Mamoudou Ibra Kane a signé une tribune choc en réponse aux propos de Me Ciré Clédor Ly, éminent avocat, qui appelait récemment à la « destruction de l’ancien régime » et au « nettoiement de ses vestiges » pour asseoir la révolution sénégalaise issue de l’alternance de mars 2024.

Sous le titre « Objection, Maître ! », le journaliste et citoyen s’adresse avec respect, mais sans détour, à son aîné, qu’il accuse de céder à un discours dangereux, aux accents totalitaires. Mamoudou Ibra Kane s’élève contre l’idée d’une purge systémique dans l’administration, la sécurité ou encore la justice, assimilant ce type d’approche à un maccarthysme ou à des pratiques staliniennes incompatibles avec les principes démocratiques.

Refusant d’être catalogué dans un quelconque camp, Kane se présente comme un citoyen lucide, ni du passé ni du nouveau régime, mais « du présent, du passé et du futur du pays ». À ses yeux, la dichotomie entre « bons » et « mauvais » — selon qu’on soit du nouveau ou de l’ancien pouvoir — est aussi stérile que dangereuse. Il y voit un symptôme d’un pouvoir qui peine à naître pleinement, tout en étant incapable d’assumer ses propres contradictions.

Plus qu’une simple réplique à Me Clédor Ly, le texte de Mamoudou Ibra Kane est un réquisitoire contre ce qu’il considère comme des dérives du nouveau régime : intimidations, détentions arbitraires, gestion opaque de certains dossiers, silence sur les tensions institutionnelles entre le président Diomaye Faye et son Premier ministre Ousmane Sonko.

Il s’étonne du mutisme de l’avocat sur les déclarations du chef du gouvernement à l’encontre du président de la République, rappelant que dans une démocratie fonctionnelle, la primauté de l’État doit prévaloir sur tout agenda partisan. Il évoque même la crise de décembre 1962 entre Senghor et Mamadou Dia pour alerter sur le risque de fracture institutionnelle.

L’un des passages les plus saillants de la tribune est sans doute celui où le journaliste accuse ouvertement les tenants du nouveau pouvoir de chercher à instaurer un « État-Pastef », dans une logique de mainmise totale sur les institutions. Selon lui, cette orientation contredit l’idéal de rupture et de souveraineté tant chanté durant la campagne électorale.

Il interpelle Me Clédor Ly sur le silence entourant les promesses non tenues : l’abrogation de la loi d’amnistie, l’amélioration des conditions économiques, la moralisation de la vie publique. En filigrane, c’est l’image d’un peuple trahi, notamment une jeunesse désillusionnée, qui se dessine. « Le Projet », écrit-il, est devenu une chimère, et la révolution semble avoir dévoré ses enfants, pour reprendre la formule de Vergniaud, citée en conclusion.

Pour autant, Mamoudou Ibra Kane ne se positionne ni en nihiliste ni en détracteur systématique. Il rappelle son attachement au débat démocratique, à la justice pour les victimes, et à l’exigence d’un État de droit respectueux des libertés individuelles. Il invite à rendre justice, mais pas à organiser une justice des vainqueurs. Il appelle à la lucidité collective et au refus de tout fanatisme politique.

Avec cette tribune, Mamoudou Ibra Kane s’impose comme une voix critique majeure dans un paysage politique sénégalais en mutation, où l’euphorie de la rupture semble déjà céder le pas aux désillusions. Son message est clair : la révolution ne peut pas être une excuse pour piétiner la République.


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