Le monde / Afrique
Secrétariat général de l’ONU : Sall–Bachelet, duel stratégique pour l’après-Guterres
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par
Le Dakarois
À l’approche de la fin du mandat d’António Guterres, prévue le 31 décembre 2026, la succession à la tête de l’Organisation des Nations Unies s’annonce particulièrement disputée. Deux figures dominent déjà les projections diplomatiques : l’ancien président sénégalais Macky Sall et l’ancienne cheffe d’État chilienne Michelle Bachelet.
Derrière cette compétition se dessine un affrontement de styles, de réseaux et de stratégies continentales. Michelle Bachelet incarne une tradition multilatérale marquée par son expérience à la tête du Chili et son passage dans les instances internationales. Son profil est associé à la défense des droits humains et à une approche institutionnelle fondée sur le consensus. Macky Sall, quant à lui, mise sur une image de pragmatisme politique, de médiateur et de dirigeant issu d’un continent qui revendique une place accrue dans la gouvernance mondiale.
La candidature de Macky Sall, officiellement déposée le 2 mars 2026 par le Burundi, constitue un tournant stratégique. Ce parrainage, porté par un État africain, permet de contourner les hésitations internes à Dakar tout en inscrivant la candidature dans une logique continentale. Selon plusieurs sources diplomatiques, l’ancien président sénégalais aurait engagé depuis plusieurs mois une campagne discrète auprès de membres influents du Conseil de sécurité. L’enjeu central reste l’obtention d’un soutien déterminant parmi les cinq membres permanents, dont l’aval est indispensable pour toute nomination.
L’un des principaux arguments avancés par ses partisans repose sur son expérience à la tête de l’Union africaine en 2022–2023. Durant cette période, Macky Sall s’était illustré par des démarches diplomatiques de haut niveau, notamment dans le contexte du conflit russo-ukrainien, en multipliant les contacts avec Moscou et Kiev. Cette capacité à dialoguer avec des puissances aux intérêts divergents est présentée comme un atout majeur pour diriger une organisation souvent paralysée par les rivalités géopolitiques.
Au-delà de son profil personnel, l’argument démographique et politique du continent africain pèse dans l’équation. Avec 54 États membres, l’Afrique constitue le plus grand bloc régional au sein de l’Assemblée générale. Pour de nombreux dirigeants africains, l’accession d’un ressortissant du continent au poste de Secrétaire général représenterait un rééquilibrage symbolique et politique d’un système historiquement dominé par l’Europe et d’autres régions du monde.
Face à cette dynamique, Michelle Bachelet dispose d’arguments solides. L’Amérique latine n’a plus occupé le poste depuis 1991, ce qui alimente l’argument de la rotation régionale. Par ailleurs, la question du genre constitue un levier important dans le débat international. En plus de huit décennies d’existence, l’ONU n’a jamais été dirigée par une femme, et plusieurs organisations militent pour que cette réalité change. La candidature de Bachelet s’inscrit ainsi dans une double revendication : représentation régionale et leadership féminin.
Cependant, la fragmentation potentielle du vote latino-américain pourrait constituer un défi pour elle. Contrairement au bloc africain, souvent capable de s’accorder sur des positions communes, l’Amérique latine présente une diversité d’orientations diplomatiques qui pourrait compliquer l’unité derrière une seule candidature.
Ce duel prend également une dimension politique à Dakar. Le fait que l’État sénégalais n’ait pas officiellement porté la candidature de son ancien président soulève des interrogations sur les calculs internes et les équilibres diplomatiques régionaux. Néanmoins, la dynamique engagée semble désormais dépasser les considérations nationales pour s’inscrire dans une stratégie continentale plus large.
La décision finale reviendra au Conseil de sécurité, dont la recommandation sera soumise à l’Assemblée générale. Si Michelle Bachelet bénéficie pour l’heure d’une visibilité médiatique importante et d’un discours centré sur les droits humains et l’égalité, Macky Sall paraît s’appuyer sur un réseau diplomatique dense, un soutien africain structuré et une stratégie tournée vers les équilibres de puissance.
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