Face aux tensions persistantes qui secouent l’enseignement supérieur, Thierno Alassane Sall est sorti de sa réserve pour critiquer ouvertement la posture du gouvernement. En conférence de presse ce dimanche, le député et leader de la République des Valeurs a évoqué un « revirement fondamental » du Premier ministre Ousmane Sonko et de son équipe, estimant que les choix opérés ces derniers mois trahissent les engagements initiaux pris devant les étudiants.
Selon lui, la crise actuelle ne se limite pas à une simple question budgétaire. Elle traduit, à ses yeux, une confrontation profonde entre deux visions de l’université sénégalaise. D’un côté, une conception fondée sur l’élargissement de l’accès, le soutien social accru aux étudiants et l’investissement massif dans le capital humain. De l’autre, une approche qu’il juge restrictive, marquée par la réduction des dépenses publiques et la rationalisation des allocations, au nom des contraintes financières.
Thierno Alassane Sall s’est particulièrement insurgé contre l’argument désormais avancé par l’exécutif, selon lequel « le Sénégal est un pays pauvre », pour justifier la limitation ou la révision des bourses étudiantes. Pour le parlementaire, cet argument ne saurait suffire à expliquer un changement de cap aussi significatif. Il rappelle que, durant la phase d’opposition et au cours de la campagne, une orientation différente avait été clairement défendue devant les étudiants, avec la promesse d’un accès élargi aux allocations et d’un accompagnement renforcé des jeunes issus de milieux modestes.
Ce contraste entre les engagements passés et les décisions actuelles alimente, selon lui, un profond sentiment de désillusion dans les campus. Il affirme que de nombreux étudiants perçoivent cette inflexion comme une « trahison intolérable », dans un contexte déjà marqué par des difficultés sociales croissantes, des retards académiques et des conditions d’étude souvent précaires. À ses yeux, la question des bourses ne relève pas uniquement d’un arbitrage budgétaire, mais d’un choix politique structurant sur la place accordée à la jeunesse et à la formation supérieure dans le projet national.
Le leader de la République des Valeurs a également dénoncé un déficit de concertation dans la conduite de la réforme. Il reproche à l’exécutif de privilégier l’épreuve de force à la pédagogie, estimant que toute réforme durable de l’enseignement supérieur devrait s’appuyer sur un dialogue inclusif associant étudiants, enseignants, syndicats et autorités universitaires. L’absence de discussions approfondies, selon lui, contribue à exacerber les tensions et à radicaliser les positions.