La récente décision de la CEDEAO de confier sa présidence tournante au chef de l’État sierra-léonais Julius Maada Bio, écartant ainsi le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye, continue de faire réagir sur la scène politique sénégalaise. Le député et leader du parti République des Valeurs, Thierno Alassane Sall, a vivement critiqué ce qu’il considère comme un affront diplomatique sans précédent pour le Sénégal.
Dans une série de publications sur sa page X (anciennement Twitter), l’ancien ministre a dénoncé ce qu’il qualifie de “pire camouflet diplomatique de l’histoire du Sénégal”. Selon lui, l’échec du président Diomaye Faye à accéder à la présidence de l’organisation sous-régionale ne relève ni du hasard ni d’une simple préférence protocolaire. Elle serait, au contraire, le reflet d’une méfiance des dirigeants ouest-africains à l’égard d’un chef d’État perçu comme anti-système.
“Il était quasi impossible pour un anti-système de vouloir diriger le consortium régional du Système !”, a-t-il lancé, en référence au positionnement idéologique du nouveau pouvoir sénégalais, qu’il juge en décalage avec les réalités de la diplomatie régionale.
Thierno Alassane Sall va plus loin, estimant que la CEDEAO ne pouvait accorder sa confiance à un président qui “n’arrive toujours pas à s’affirmer”. Dans une attaque directe à l’endroit de Bassirou Diomaye Faye, il questionne l’autorité et le charisme du chef de l’État, mettant en cause son propre entourage :
“N’est-ce pas aussi un défaut sidérant de perspicacité que de croire que la CEDEAO pourrait faire confiance, en un moment aussi crucial de son histoire, à Diomaye, dont l’autorité et le charisme sont mis à mal par son propre camp, à commencer par son Premier ministre ?”, a-t-il martelé.
Le député a également souligné que les propos de certains parlementaires sénégalais siégeant à la CEDEAO — qu’il assimile à des “diatribes” — auraient contribué à cette mise à l’écart, en renforçant l’image d’un pouvoir hostile ou peu conciliant vis-à-vis de l’institution régionale. Il évoque notamment une rhétorique parfois perçue comme proche de celle des pays de l’AES (Alliance des États du Sahel), actuellement en rupture de ban avec la CEDEAO.
Alors que le Premier ministre Ousmane Sonko est en déplacement en Chine, Thierno Alassane Sall tourne en dérision les images diffusées de cette visite officielle :
“Des photos du PM aux côtés d’officiels de second rang en Chine, au moment même où l’on enregistre la déconvenue du siècle à Abuja”, ironise-t-il, soulignant ce qu’il perçoit comme un contraste entre les ambitions affichées à l’international et la réalité diplomatique sur le terrain régional.
Enfin, dans une charge plus globale contre la gouvernance actuelle, Sall estime que “le populisme se heurte au mur de la réalité du monde”. Selon lui, les déplacements simultanés du président et du Premier ministre à l’étranger n’ont rien arrangé, et n’ont fait que confirmer une forme de désorganisation au sommet de l’État.
“En réalité, on est un pays dévalué”, conclut-il, dans un réquisitoire amer contre le duo exécutif Faye-Sonko.