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UN « NON-SENS », SELON MACKY SALL : Abdourahmane Sarr théorise la « dette cachée »

Dans un entretien exclusif accordé à RFI, le ministre de l’Économie, du Plan et de la Coopération, Abdourahmane Sarr, est revenu sur la polémique autour de la supposée « dette cachée » mise en avant par le régime actuel et jugée être un « non-sens » par l’ancien président de la République, Macky Sall.
« En réalité, c’est la loi qui impose à tout nouveau pouvoir de procéder à un audit des finances publiques afin d’établir un état des lieux avant de se projeter », explique le ministre, esquissant un sourire. « C’est le Fonds monétaire international (FMI) qui emploie le terme misreporting, lequel signifie ‘transmission de données erronées’. Celui qui transmet de telles données a, de fait, caché sa dette à celui auquel il devait fournir des informations véridiques. C’est de ce point de vue-là que la dette est cachée », développe-t-il.
L’économiste, qui a travaillé plusieurs années pour FMI, précise que c’est « le service de la dette se faisait, donc l’entité chargée de ce service connaissait le stock de la dette ». Et de préciser, toujours le sourire aux lèvres : « en transmettant des données erronées, cette entité a nécessairement dissimulé la vérité à celle à qui elle devait la communiquer. »
Interrogé par Bruno Faure sur la possibilité, dans le monde d’aujourd’hui, de cacher des manques budgétaires, Abdourahmane Sarr répond : « c’est tout à fait possible. C’est pourquoi j’insiste sur la notion de ‘transmission de données erronées’ : c’est de ce point de vue que c’est caché. Mais l’entité qui transmet ces données connaît la dette ; elle ne peut pas l’ignorer, puisqu’elle agit en connaissance de cause. »
Le ministre distingue alors les flux des stocks : « On peut examiner le déficit et se demander si le déficit annoncé correspond au stock de la dette. Très souvent, cette correspondance n’existe pas », explique-t-il. « Dans notre cas, l’ampleur était significative et les causes bien connues : il s’agit des dépenses extrabudgétaires effectuées sans l’autorisation du Parlement et sans comptabilisation dans le stock de la dette », poursuit-il.
Lorsque notre confrère lui demande si Macky Sall a tort de parler de « non-sens », Abdourahmane Sarr tranche : « dans la mesure où les données transmises et connues du transmetteur ne correspondent pas, il s’agit bien de ‘misreporting’. Le corollaire, c’est que celui qui a transmis les données a caché la vérité. »
Abordant ensuite l’audit commandité par le Gouvernement, le ministre met en avant un exercice de transparence profondément sénégalais auquel ont participé l’Inspection générale des finances (IGF) et la Cour des comptes. « Pour renforcer la crédibilité de cet exercice, c’est nous-mêmes qui avions commandité à un cabinet privé international (Forvis Mazars) qui a terminé ce travail », souligne-t-il.
Il poursuit : « quand nous transmettons la vraie information, disant que la dette fait 119% du PIB, c’est la réalité transmise au FMI qui constate. Il lui suffit d’aller à son Conseil d’administration pour acter cette réalité pour que nous puissions entrer dans une phase nouvelle tout en étant dans la vérité. »
Dès lors, faudra-t-il renégocier avec les investisseurs vu ces résultats ? Le ministre évoque qu’il n’y a aucune urgence dans la mesure où tous les paramètres sont disponibles. D’autant plus qu’il y a une maturité de 9, 10 ans et un coût moyen de la dette qui est relativement faible à cause de sa composante concessionnelle et une croissance qui est, certes, forte avec la production d’hydrocarbures ; mais, elle est à accélérer avec les réformes à venir. À en croire le ministre, le Sénégal a un déficit qui se maîtrise ; donc, la dette est soutenable.
Enfin, évoquant la relation entre le Sénégal et le FMI, le ministre précise : « c’est une institution respectée, qui peut donner gage à certains investisseurs qui peuvent [méconnaître] le détail de notre gestion. La relation avec le FMI permet de donner un signal à ces investisseurs. C’est une institution qui est là pour tous les pays. Donc le Sénégal ne fait pas exception. Une fois le ‘misreporting’ dépassé et la viabilité de la dette confirmée, nous pourrons poursuivre une relation tout à fait normale, dans la vérité ».


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