Réuni ce jeudi à Dakar lors d’un atelier de sensibilisation destiné aux rédacteurs en chef et responsables de programmes des radios et télévisions, le Conseil National de Régulation de l’Audiovisuel (CNRA) a envoyé un signal fort au secteur médiatique. Par la voix de son président, Mamadou Oumar Ndiaye, le régulateur a annoncé une politique de « tolérance zéro » contre les dérives constatées ces derniers mois dans l’espace audiovisuel, tout en mettant en avant la pédagogie comme première étape de son action.
Dans sa déclaration, le président du CNRA a dressé une liste des valeurs intangibles que les médias devront désormais respecter strictement. Il a cité la vie privée, l’intégrité du territoire national, la cohésion religieuse et confrérique, la diversité culturelle, l’unité nationale, ainsi que la préservation des bonnes mœurs. Selon lui, ces principes ne souffriront plus aucune entorse. « Aucune forme d’atteinte ne sera plus tolérée. En fait, nous n’avons jamais toléré, mais plus encore que par le passé, nous ferons preuve de fermeté », a-t-il martelé.
Tout en brandissant la menace de sanctions sévères, le CNRA dit vouloir privilégier la pédagogie. Mamadou Oumar Ndiaye a expliqué que des campagnes de sensibilisation seront menées auprès de l’ensemble des professionnels de l’audiovisuel, afin de leur rappeler les dispositions de la loi, des cahiers des charges et des conventions signées avec l’État. « Aujourd’hui, j’ai dit qu’il y aura un avertissement qui sera adressé à tout le monde, mais on espère qu’il sera suffisamment dissuasif pour qu’on n’ait pas besoin de brandir le carton rouge », a-t-il ajouté.
Issu lui-même de la presse, qu’il a servie pendant quatre décennies, le président du CNRA a exprimé son malaise face aux dérives actuelles, qu’il impute à une minorité de « francs-tireurs » et qui, selon lui, ternissent l’image d’une presse sénégalaise longtemps considérée comme une référence en Afrique francophone.
Au-delà de la déontologie médiatique, la sortie du CNRA a également pris une dimension sécuritaire. Mamadou Oumar Ndiaye a mis en garde contre les risques que ces dérives pourraient engendrer, notamment dans les zones frontalières comme Kédougou et Tambacounda. Selon lui, certains contenus diffusés sans contrôle pourraient devenir un « terreau fertile » pour la propagande djihadiste, dans un contexte régional marqué par l’instabilité sécuritaire.
Toutefois, le CNRA reconnaît ses limites opérationnelles, en particulier l’absence de moyens pour surveiller efficacement les radios locales implantées dans les régions. « Nous sommes aujourd’hui incapables de savoir ce qui se dit dans les radios qui sont dans les régions », a regretté Mamadou Oumar Ndiaye, plaidant pour un renforcement significatif des ressources du Conseil. Il a appelé à la mise en place de structures décentralisées et d’outils modernes de monitoring, à l’image des régulateurs d’autres pays africains.
Après plusieurs mois d’attente, le collège du CNRA n’a été installé qu’en mai dernier. Depuis, l’institution s’est attelée à se doter d’une feuille de route, avec un séminaire d’imprégnation et l’étude des premiers dossiers. Avec cette nouvelle stratégie alliant pédagogie et fermeté, le CNRA entend désormais jouer pleinement son rôle d’arbitre de l’audiovisuel sénégalais, dans un contexte où les tensions politiques, sociales et sécuritaires rendent la régulation plus nécessaire que jamais.