La tension monte autour de la gouvernance du médicament au Sénégal. Après avoir multiplié les alertes dans le dossier Softcare, relatif à l’utilisation présumée de matières premières périmées dans la fabrication de serviettes hygiéniques et de couches pour bébés, le Syndicat autonome des médecins, pharmaciens et chirurgiens-dentistes du Sénégal (SAMES) revient à la charge. Dans un communiqué publié ce mercredi 18 février, le syndicat dénonce ce qu’il qualifie de « violation de la procédure de la tenue de la Commission nationale du médicament (CNM) » par l’Autorité de régulation pharmaceutique (ARP), à l’occasion de la session tenue les 16 et 17 février à Dakar.
Selon le SAMES, la première session 2026 de la CNM se serait déroulée sans la réunion préalable du Comité technique d’experts. Or, rappellent les syndicalistes, l’évaluation scientifique des dossiers de demande d’Autorisation de Mise sur le Marché (AMM) constitue une étape obligatoire avant toute délibération ou décision de la Commission nationale du médicament. Cette phase d’expertise est censée garantir la conformité des produits pharmaceutiques aux normes de qualité, de sécurité et d’efficacité en vigueur.
Pour le syndicat, l’absence de cette étape technique remet en cause la régularité du processus décisionnel et expose le système de régulation à des risques majeurs. Le SAMES estime qu’il s’agit d’une entorse aux dispositions communautaires et nationales encadrant l’octroi des AMM, et considère que toute dérogation aux procédures établies fragilise la crédibilité du dispositif de contrôle pharmaceutique.
Dans son communiqué, l’organisation exige que toute décision relative à l’octroi d’une Autorisation de Mise sur le Marché s’inscrive dans le strict respect des procédures réglementaires. Elle insiste sur la nécessité de préserver la sécurité sanitaire et de maintenir la confiance des professionnels de santé ainsi que des citoyens. Pour le SAMES, la protection de la santé publique doit demeurer une priorité absolue, fondée sur la transparence, la rigueur scientifique et la conformité aux textes en vigueur.
Cette nouvelle dénonciation intervient dans un climat déjà tendu entre le syndicat et l’Autorité de régulation pharmaceutique. Le SAMES a récemment évoqué des pratiques qu’il qualifie de favoritisme, de corruption et de népotisme au sein de l’ARP, des accusations qui ont renforcé la crispation autour du fonctionnement de l’instance chargée de la régulation du secteur pharmaceutique.
Au-delà de la polémique institutionnelle, l’enjeu demeure celui de la fiabilité du système d’homologation des produits de santé au Sénégal. Dans un contexte où les questions de qualité des médicaments et de dispositifs médicaux sont particulièrement sensibles, toute remise en cause des procédures réglementaires suscite de vives inquiétudes au sein du corps médical et de l’opinion publique.