Pour la première fois au Sénégal, la Journée mondiale du lymphœdème a été célébrée ce vendredi 6 mars 2026 à la salle de conférence de l’Hôpital Idrissa Pouye de Grand Yoff. Placée sous le thème « Le passé, le présent et le futur de la prise en charge du lymphœdème », cette rencontre a réuni médecins, autorités sanitaires et patients autour d’une maladie chronique encore largement méconnue du grand public, mais qui touche pourtant des milliers de Sénégalais.
Organisée dans le cadre du Programme national des maladies tropicales négligées du ministère de la Santé et de l’Action sociale, cette première édition au Sénégal a permis d’ouvrir un espace de sensibilisation, d’échanges scientifiques et de plaidoyer en faveur d’une meilleure prise en charge des personnes atteintes.
Le lymphœdème est une affection vasculaire provoquée par un dysfonctionnement du système lymphatique. Il entraîne un gonflement progressif et souvent douloureux des membres, pouvant fortement altérer la qualité de vie des patients. À l’échelle mondiale, plus de 250 millions de personnes seraient touchées par cette maladie, qui se présente sous deux formes principales. La forme primaire est d’origine génétique, tandis que la forme secondaire peut résulter d’infections parasitaires, notamment la filariose lymphatique, classée parmi les maladies tropicales négligées, mais aussi de certains cancers ou de traitements chirurgicaux.
Au Sénégal, la situation reste préoccupante. Selon le docteur Mawdo Diop, angiologue et cardiologue à l’Hôpital Idrissa Pouye, le pays fait face à ce qu’il qualifie de « double fardeau ». D’une part, les cas liés aux infections parasitaires persistent dans certaines zones. D’autre part, les lymphœdèmes secondaires à des cancers, notamment le cancer du sein, deviennent de plus en plus fréquents.
Les données issues du programme national des maladies tropicales négligées indiquent qu’entre 2021 et 2025, plus de 2 500 cas de lymphœdème ont été recensés, confirmés et pris en charge dans le cadre des activités de lutte contre ces maladies. Toutefois, les cas associés aux cancers restent encore insuffisamment documentés, ce qui complique l’évaluation réelle de l’ampleur du problème dans le pays.
La question du coût du traitement constitue l’un des principaux obstacles à la prise en charge. Selon les spécialistes, un traitement de dix jours peut dépasser 700 000 francs CFA, un montant largement hors de portée pour la majorité des patients. Le docteur Mawdo Diop rappelle que le lymphœdème est une maladie chronique pour laquelle il n’existe pas encore de traitement curatif. Cependant, une prise en charge adaptée permet d’en contrôler l’évolution et d’améliorer significativement la qualité de vie des malades. Il souligne également le manque de disponibilité du matériel de bandage spécialisé, indispensable dans les soins quotidiens des patients.
Malgré ces difficultés, les autorités sanitaires affichent une volonté d’améliorer l’accès aux soins. Représentant le ministre de la Santé, Mamadou Diop, directeur de la Lutte contre la maladie, a annoncé que des discussions sont en cours entre le programme national des maladies tropicales négligées et l’Agence nationale de la Couverture maladie universelle afin d’intégrer le lymphœdème dans le paquet de gratuité des soins.
Selon lui, cette initiative pourrait constituer une avancée majeure pour les patients. Il a rappelé que plusieurs actions ont déjà été menées par l’État du Sénégal, notamment des campagnes de sensibilisation dans les zones à risque, la distribution massive de médicaments antiparasitaires pour lutter contre la filariose lymphatique et le développement progressif de solutions chirurgicales pour certains cas.
Au-delà des aspects médicaux et institutionnels, la cérémonie a été marquée par un témoignage particulièrement émouvant. Aïssatou Mbodj, présidente de l’Association des personnes vivant avec le lymphœdème au Sénégal, a partagé son expérience personnelle de la maladie. Atteinte depuis 2009, elle a décrit les difficultés physiques, psychologiques et sociales auxquelles sont confrontés les patients.
Elle a insisté sur le fait que le lymphœdème ne touche pas uniquement le corps, mais qu’il affecte également les familles et l’entourage des malades. À travers son intervention, elle a lancé un appel à une mobilisation collective autour de la sensibilisation, de l’information et de la solidarité envers les personnes atteintes.
Pour la responsable associative, chaque geste compte et chaque initiative peut contribuer à transformer la vie des patients. Son plaidoyer a résonné comme un rappel de l’importance de l’accompagnement social et humain dans la lutte contre cette maladie chronique.
Cette première célébration de la Journée mondiale du lymphœdème au Sénégal marque ainsi une étape importante dans la reconnaissance de cette pathologie longtemps ignorée. En réunissant patients, professionnels de santé et autorités publiques, l’événement a permis de poser les bases d’une mobilisation nationale plus forte en faveur de la prévention, du diagnostic précoce et de l’amélioration de la prise en charge.