Société
Abidjan qui rit, Dakar qui rage : deux trajectoires économiques opposées sous la plume de Bachir Fofana
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par
Diack
Alors que la Côte d’Ivoire reçoit les félicitations du Fonds monétaire international (FMI) pour la solidité de sa gouvernance économique, le Sénégal traverse une période de turbulences marquée par des incertitudes budgétaires et politiques. Dans une tribune au ton sans concession intitulée « Abidjan qui rit, Dakar qui rage », publiée cette semaine, le journaliste Bachir Fofana met en lumière le contraste saisissant entre la rigueur d’Abidjan et l’improvisation de Dakar.
Selon Bachir Fofana, la Côte d’Ivoire peut se féliciter de la validation par le FMI de la cinquième revue des programmes au titre du Mécanisme élargi de crédit (MEDC) et de la Facilité élargie de crédit (FEC), ainsi que de la quatrième revue du Fonds pour la résilience et la durabilité (FRD). Cette approbation ouvre la voie à deux décaissements d’un montant total de 843,9 millions de dollars, soit environ 471 milliards de francs CFA. Une somme considérable qui récompense, selon lui, les « performances remarquables » du pays depuis le lancement du programme gouvernemental en 2023.
Le journaliste détaille les indicateurs macroéconomiques ivoiriens pour étayer son propos : une inflation maîtrisée autour de 1 %, un déficit budgétaire ramené à 3 % du PIB — soit la moitié de son niveau initial — et un déficit du compte courant réduit à 1,6 % contre plus de 8 % auparavant. Pour Bachir Fofana, ces résultats traduisent la solidité des réformes engagées et la constance du gouvernement dans leur application. Il souligne que « le gouvernement d’Alassane Ouattara s’est montré discipliné, constant et prévisible dans la conduite des réformes, ce qui inspire confiance aux bailleurs de fonds et consolide la stabilité macroéconomique du pays ».
Pendant qu’Abidjan savoure la reconnaissance internationale, Dakar, de son côté, s’enfonce dans le doute. Le Sénégal, qui espérait un feu vert du FMI pour un nouveau programme d’aide, voit le processus retardé. D’après les informations rapportées par Bachir Fofana à partir de l’agence Reuters, « le FMI a confirmé qu’aucun vote ne serait organisé ce vendredi sur la dérogation permettant de lever le gel des fonds ». Une déconvenue de plus pour le gouvernement sénégalais, déjà confronté à des tensions politiques internes et à des critiques sur la gestion de la dette publique.
Le journaliste explique que le 3 octobre 2025, le FMI a tenu une réunion pour informer ses administrateurs sur la situation du Sénégal et évoquer les prochaines étapes, notamment le lancement des discussions sur un nouveau programme. Mais pour Fofana, si le pays se trouve aujourd’hui dans cette impasse, c’est avant tout à cause de « la communication erratique de ses dirigeants », qui a brouillé le message vis-à-vis des partenaires techniques et financiers.
Le 26 septembre dernier, à New York, le président sénégalais avait publiquement interpellé le FMI sur France 24 : « Nous poursuivons notre trajectoire, mais nous voulons que le FMI presse le pas, pour que nous sachions sur quel pied danser avec lui. » Une sortie jugée maladroite par Fofana, qui y voit « une mise en demeure peu diplomatique à l’égard d’une institution qui fonctionne sur la rigueur et la réserve ». Quelques jours plus tard, l’ancien président Macky Sall a tenté de défendre son bilan en rejetant toute idée de dissimulation des chiffres de la dette. « Une dette publique, on ne peut pas la cacher par définition », affirmait-il dans un entretien à ACFrontPage.
De son côté, le ministre de l’Économie, Abdourahmane Sarr, a cherché à calmer le jeu, expliquant que le FMI devait simplement « présenter un cadrage macroéconomique rectifié ». Toutefois, Bachir Fofana note que le vocabulaire officiel a évolué : le terme « dette cachée » a cédé la place à l’expression « données erronées ». Pour le journaliste, cette nuance n’est pas anodine : elle traduit une volonté d’atténuer la gravité d’une accusation qui pèse lourdement sur la crédibilité du pays.
Le FMI, pour sa part, attend du Sénégal des gages de transparence et de discipline. L’institution exige la certification définitive des chiffres de la dette, l’ouverture d’une enquête sur les défaillances de gestion et la réalisation d’un audit technique sur la gouvernance budgétaire. Sans ces garanties, prévient Fofana, Dakar ne pourra pas accéder à de nouveaux financements et pourrait même être contraint de rembourser des montants déjà perçus. « Aller sans l’assistance technique et financière du FMI, écrit-il, c’est conduire un véhicule sans feux, sans signal, sans marche arrière, avec des freins défectueux. »
Pour le journaliste, le tournant critique a été franchi lorsque le Premier ministre Ousmane Sonko a publiquement accusé le précédent régime d’avoir maquillé les chiffres de la dette. « Le régime du président Macky Sall a menti au peuple, a menti aux partenaires, a tripatouillé les chiffres pour donner une image économique qui n’avait rien à voir avec la réalité », déclarait Sonko fin septembre. Des propos qui, selon Fofana, ont ébranlé la confiance des marchés et entraîné une dégradation de la notation de crédit du Sénégal. « Le Sénégal devra désormais emprunter à des taux plus élevés, car les investisseurs exigeront une prime de risque plus importante », avertit-il.
Dans sa conclusion, Bachir Fofana adopte un ton plus grave encore. Pour lui, la crise actuelle dépasse la simple question des chiffres : elle est d’abord une question de posture et de gouvernance. « Ce gouvernement, à commencer par son chef, se doit d’être plus sérieux. Il ne faut pas mettre la politique politicienne trop en avant, au risque de nuire à la crédibilité du pays », écrit-il. Avant de lancer, avec amertume : « Ce n’est ni fameux ni ambitieux. Ousmane Sonko n’aime décidément pas le Sénégal. »
En somme, le journaliste met en parallèle deux styles de gestion qui produisent des effets diamétralement opposés. D’un côté, Abidjan, disciplinée, méthodique et confiante, récolte les fruits d’une stratégie claire et constante. De l’autre, Dakar, en proie aux approximations et aux messages contradictoires, s’expose à une perte de crédibilité et à un isolement financier potentiellement lourd de conséquences. Comme le conclut Bachir Fofana : « La confiance se gagne par la cohérence, la constance et la crédibilité. À Abidjan, on l’a compris. À Dakar, on l’a oubliée. »
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