Lors des journées de concertation sur le secteur de la presse, le président du Conseil des Diffuseurs et Éditeurs de Presse du Sénégal (CDEPS), Mamadou Ibra Kane, a dressé un tableau alarmant de la situation des médias privés sénégalais, tout en dénonçant l’attitude des autorités actuelles. Selon lui, le régime issu de la 3e alternance politique a non seulement failli à ses promesses en matière de liberté de la presse, mais manifeste également une « vision politicienne » des médias, incompatible avec les exigences d’une démocratie moderne.
Dans un discours franc, Mamadou Ibra Kane a d’emblée rappelé la nécessité d’un cadre juridique pour encadrer l’activité médiatique, sans pour autant restreindre les libertés fondamentales. Il s’est dit favorable à une autorité de régulation des médias et de la publicité, à condition que celle-ci ne serve pas d’instrument de censure. « Souveraineté, oui. Régulation, oui. Mais encadrée par la loi, et non utilisée pour museler la presse », a-t-il martelé.
Il a également alerté sur les graves difficultés économiques que traverse la presse privée depuis plusieurs mois. Selon lui, de nombreuses entreprises de presse sont au bord de la faillite. Elles peinent à régler leurs charges courantes, à payer leurs salariés, à faire face aux dettes sociales et aux engagements vis-à-vis des fournisseurs. « Certains de nos confrères vivent un calvaire. Leurs enfants sont expulsés des écoles, ils sont menacés d’expulsion de leur logement, ils n’ont plus les moyens de payer les factures d’eau ou d’électricité. C’est une misère profonde », a-t-il déploré.
Pour Mamadou Ibra Kane, cette situation n’est pas uniquement le fruit d’une crise structurelle, mais aussi celui de décisions hostiles du régime en place. Il évoque une absence de dialogue, un manque de volonté politique, et une stratégie d’étouffement économique délibérée de la presse indépendante. « Depuis 15 mois, le pouvoir ne montre aucune considération pour la survie de la presse privée. Pire encore, il agit parfois en adversaire au lieu de partenaire républicain », a-t-il déclaré.
Il a aussi vivement critiqué la tentation d’un retour aux autorisations administratives pour la création de supports de presse, rappelant que cela ouvrirait la voie à un contrôle politique inacceptable. Pour lui, cette démarche traduit la vision réductrice que le pouvoir actuel a des médias : un simple levier de communication politique plutôt qu’un pilier de la démocratie.
En conclusion, Mamadou Ibra Kane a lancé un appel solennel à tous les acteurs – gouvernement, opposition, société civile, journalistes – pour bâtir ensemble un véritable État de droit, où la liberté d’expression ne serait plus un slogan, mais une réalité quotidienne. « Je dois pouvoir critiquer le président de la République sans que cela soit interprété comme une offense. Il faut que la critique redevienne possible sans représailles. C’est la seule manière d’assurer une démocratie saine et un équilibre institutionnel durable », a-t-il insisté.