Interpellé lors de la séance de questions d’actualité au gouvernement ce mardi 24 février, le Premier ministre Ousmane Sonko est sorti de son silence sur l’affaire des personnes arrêtées dans un dossier lié à l’homosexualité, un sujet qui alimente depuis plusieurs semaines un vif débat au Sénégal. Face aux députés, le chef du gouvernement a tenu à dénoncer certaines dérives médiatiques et à préciser l’orientation du projet de réforme législative en préparation.
Dans un premier temps, Ousmane Sonko a fermement condamné la diffusion, dans certains médias et sur les réseaux sociaux, d’informations relatives au statut sérologique des personnes mises en cause. Il a qualifié ces pratiques d’« inadmissibles », estimant qu’elles constituent une atteinte grave à la vie privée et à la dignité humaine. Selon lui, la divulgation de données médicales sensibles ne saurait être tolérée dans un État de droit, quelles que soient la nature des accusations ou la sensibilité du dossier. Le Premier ministre a également souligné les conséquences sociales de telles révélations, affirmant qu’elles contribuent à exposer inutilement les familles à la stigmatisation et à la pression sociale.
Au-delà de la question du respect de la vie privée, le chef du gouvernement a abordé le volet législatif du dossier. Il a confirmé qu’un projet de loi est en préparation afin de durcir la répression des actes homosexuels, tout en précisant que le gouvernement n’entend pas transformer l’infraction en crime. « Le texte que je propose maintient l’infraction au niveau du délit », a-t-il déclaré, ajoutant que les différentes parties prenantes consultées s’accordent sur la nécessité de rester dans ce cadre juridique. Selon lui, les objectifs poursuivis par la réforme peuvent être atteints sans procéder à une criminalisation, qui aurait impliqué un changement plus radical dans la qualification pénale.
Dans un souci de clarification juridique, le Premier ministre a indiqué que le futur texte introduira une définition plus précise de la notion d’« acte contre nature », afin de lever les ambiguïtés interprétatives qui entourent actuellement l’article 319 du Code pénal. Cette réforme viserait, selon ses propos, à renforcer la sécurité juridique et à encadrer plus strictement l’application de la loi.
Par ailleurs, le projet de réforme ne se limiterait pas aux seuls actes eux-mêmes. Ousmane Sonko a annoncé que le dispositif législatif entend également sanctionner l’apologie et le financement de telles pratiques, élargissant ainsi le champ des infractions concernées. Cette orientation marque une volonté de renforcer l’arsenal juridique existant tout en conservant la qualification délictuelle.
Cette prise de position intervient dans un contexte particulièrement sensible, où les questions liées aux libertés individuelles, à la protection de la vie privée et aux valeurs sociétales suscitent de vives discussions au sein de l’opinion publique. En dénonçant la divulgation des statuts sérologiques tout en défendant un durcissement du cadre légal, le Premier ministre tente d’articuler une ligne politique qui conjugue fermeté juridique et respect des droits fondamentaux.