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Tchad : huit leaders de l’opposition condamnés à huit ans de prison dans un climat politique sous tension

La justice tchadienne a condamné à huit ans de prison ferme huit dirigeants de l’opposition membres du Groupe de concertation des acteurs politiques (GCAP), principale coalition opposée au pouvoir du président Mahamat Idriss Déby. Cette décision intervient dans un contexte de forte crispation politique marqué par des restrictions des libertés publiques, des interdictions de manifestations et des accusations récurrentes de répression contre les voix dissidentes.

Les huit responsables politiques, tous présidents de partis affiliés au GCAP, avaient été arrêtés quelques jours avant une marche de protestation baptisée « marche de protestation et d’indignation ». Cette manifestation, initiée par la coalition, devait dénoncer la situation politique et sociale du pays ainsi que les atteintes aux libertés publiques. Les autorités avaient toutefois interdit le rassemblement, invoquant des risques de troubles à l’ordre public.

Après leur interpellation, les opposants avaient été placés en détention provisoire dans le cadre d’une enquête judiciaire portant sur des accusations lourdes, notamment « association de malfaiteurs, mouvement insurrectionnel, rébellion et détention illégale d’armes de guerre ». Des chefs d’inculpation rejetés par leurs avocats et leurs soutiens, qui dénoncent une procédure politique destinée à réduire au silence les principales figures de l’opposition.

À l’issue du procès, la condamnation à huit ans de prison ferme a provoqué de vives réactions au sein des milieux politiques et des organisations de défense des droits humains. L’avocat des opposants, Moussa Adoum, a dénoncé une décision de justice rendue sous influence politique. Selon lui, les infractions retenues contre ses clients ne reposent sur aucun élément sérieux. Il a annoncé l’intention de la défense de faire appel afin d’obtenir un réexamen du dossier dans des conditions qu’il espère plus indépendantes.

Cette affaire intervient après la dissolution officielle du GCAP. La veille de l’arrestation des huit dirigeants, le ministre tchadien de la Sécurité avait annoncé que la Cour suprême avait ordonné la dissolution de la coalition. Les autorités accusaient le regroupement politique d’organiser des actions susceptibles de perturber l’ordre public, notamment à travers l’appel à manifester lancé dans plusieurs villes du pays.

Le GCAP représente l’une des rares plateformes politiques à avoir contesté de manière constante les élections organisées depuis l’arrivée au pouvoir de Mahamat Idriss Déby. La coalition rassemble treize partis politiques ainsi que plusieurs acteurs de la société civile. Depuis sa création, elle réclame davantage d’ouverture démocratique et critique régulièrement la gestion du pouvoir par les autorités de transition puis par le gouvernement issu des élections de 2024.

Mahamat Idriss Déby avait été élu président du Tchad en mai 2024 à l’issue d’un scrutin fortement contesté par une partie de l’opposition, qui avait choisi de boycotter le processus électoral. Son accession à la magistrature suprême faisait suite à trois années de transition entamées après la mort de son père, Idriss Déby Itno, tué en 2021 lors d’affrontements avec des rebelles alors qu’il dirigeait le pays depuis plus de trois décennies.

Dans plusieurs communiqués publiés ces derniers mois, le GCAP avait appelé la population tchadienne à se mobiliser contre ce qu’il qualifie « d’injustice, d’exclusion et de confiscation des libertés ». Les tensions se sont encore accentuées avec les poursuites visant plusieurs figures de l’opposition.

Le parti Les Transformateurs, considéré comme l’un des principaux mouvements d’opposition du pays, avait récemment organisé un rassemblement pour réclamer la libération de son président Succès Masra, ancien Premier ministre emprisonné depuis près d’un an. Lors de cette mobilisation, un militant avait été tué après une intervention des forces de sécurité, alimentant davantage les critiques contre le pouvoir.

En mai 2025, Succès Masra avait lui-même été condamné à vingt ans de prison pour « incitation à la haine et à la violence ». Des organisations internationales, notamment Human Rights Watch, avaient dénoncé un procès à caractère politique et alerté sur la multiplication des arrestations d’opposants et d’acteurs de la société civile au Tchad.

Depuis plusieurs mois, les organisations de défense des droits humains évoquent un « climat de terreur » marqué par des intimidations, des menaces et des interdictions systématiques de manifestations publiques. La situation politique s’est également tendue après l’adoption, en octobre dernier, d’une révision constitutionnelle instituant un mandat présidentiel de sept ans renouvelable sans limitation, une réforme largement contestée par l’opposition qui y voit une volonté de verrouillage du pouvoir.


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