Le Sénégal a marqué, ce mardi 28 juillet 2026, la Journée mondiale contre les hépatites en réaffirmant sa détermination à éliminer les hépatites virales comme menace de santé publique à l’horizon 2030. Placée sous le thème national « L’élimination pour tous, partout et maintenant », cette journée a été l’occasion pour les autorités sanitaires, les partenaires techniques et financiers, les professionnels de santé et les associations de patients de dresser l’état des lieux de la lutte contre ces maladies et de réitérer leur engagement en faveur d’un accès universel à la prévention, au dépistage et aux traitements.
La cérémonie officielle a réuni le représentant du ministre de la Santé et de l’Hygiène publique, le directeur de la Lutte contre la maladie, le coordonnateur du Programme national de lutte contre les hépatites, des représentants de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), des partenaires techniques et financiers, des universitaires ainsi que plusieurs organisations de la société civile engagées dans la lutte contre les hépatites.
Dans son intervention, le représentant de l’OMS au Sénégal, Dr Mady Ba, a rappelé que les hépatites virales continuent de représenter un lourd fardeau sanitaire à l’échelle mondiale. Selon les données présentées, près de 240 millions de personnes vivent aujourd’hui avec une hépatite B chronique, tandis que 47 millions sont atteintes d’une hépatite C. En 2024, environ 1,8 million de nouvelles infections ont été recensées et les hépatites ont provoqué près de 1,3 million de décès, principalement à la suite de complications telles que la cirrhose et le cancer du foie.
Malgré ces chiffres préoccupants, le représentant de l’OMS a estimé que les progrès réalisés ces dernières années permettent d’envisager l’objectif d’élimination avec davantage d’optimisme. Il a notamment salué l’élargissement de la couverture vaccinale contre l’hépatite B, en particulier l’administration de la dose de naissance dans les premières heures de vie, ainsi que l’amélioration progressive de l’accès aux traitements antiviraux.
« L’élimination n’est plus une ambition théorique. Elle est désormais à notre portée. Nul ne devrait mourir d’une maladie que l’on sait prévenir, dépister et traiter », a-t-il déclaré, tout en félicitant le Sénégal pour l’élaboration de son Plan stratégique national intégré de lutte contre les hépatites 2026-2030.
Représentant le ministre de la Santé et de l’Hygiène publique, le conseiller technique Abdoulaye Ndiaye a insisté sur le caractère silencieux des hépatites, qui évoluent souvent pendant plusieurs années sans symptômes avant d’être découvertes à un stade avancé. Cette évolution tardive favorise l’apparition de complications graves, notamment la cirrhose et le cancer du foie.
Il a rappelé que l’hépatite B demeure particulièrement préoccupante au Sénégal, où la prévalence du portage chronique est estimée entre 5,7 % et 10 % de la population. Face à cette situation, les autorités sanitaires entendent renforcer la prévention, notamment à travers le dépistage systématique des femmes enceintes, leur prise en charge lorsqu’elles sont infectées et la vaccination des nouveau-nés dès les premières heures de vie afin de prévenir la transmission mère-enfant.
Le responsable a également présenté les grandes orientations du nouveau Plan stratégique national intégré 2026-2030, qui prévoit un renforcement des actions de prévention, une amélioration du dépistage, un accès élargi aux traitements et une décentralisation progressive de la prise en charge sur l’ensemble du territoire national.
Invitée d’honneur de cette célébration, la Première Dame du Sénégal, Absa Faye, a lancé un appel en faveur d’un accès équitable aux services de santé pour toutes les populations, sans distinction de lieu de résidence. Elle a particulièrement insisté sur la protection des mères et des enfants, rappelant que la transmission de l’hépatite B de la mère à l’enfant peut être efficacement évitée grâce au dépistage pendant la grossesse, à une prise en charge adaptée des femmes infectées et à la vaccination des nouveau-nés dès la naissance.
« Chaque mère protégée est une famille préservée », a-t-elle affirmé, avant de souligner que la lutte contre les hépatites passe également par la réduction de la stigmatisation qui touche encore de nombreux malades. Selon elle, l’information, la sensibilisation et la solidarité constituent des leviers essentiels pour encourager le dépistage et améliorer la prise en charge.
Le coordonnateur du Programme national de lutte contre les hépatites, le professeur Modou Oumy dit Bamba Kane, a rappelé que l’hépatite B demeure l’un des principaux problèmes de santé publique au Sénégal. Il a indiqué qu’entre 6 % et 10 % des Sénégalais sont porteurs chroniques du virus, tandis que près de 85 % de la population possède des anticorps témoignant d’un contact antérieur avec le virus.
Selon lui, la vaccination systématique des nourrissons, introduite il y a près de vingt ans, a permis de réduire sensiblement la prévalence de la maladie chez les jeunes générations. Il a toutefois insisté sur l’importance du dépistage, qu’il considère comme la principale porte d’entrée vers la prévention et les soins.
« Le meilleur moyen de se protéger reste le dépistage. Lorsqu’une personne est négative, elle doit être vaccinée. Lorsqu’elle est positive, elle doit bénéficier rapidement d’une prise en charge afin d’éviter les complications », a-t-il expliqué.
Les associations de patients ont également profité de cette journée pour exprimer leurs préoccupations. Au nom des personnes vivant avec les hépatites, la présidente de SAAFARA Hépatites Sénégal et du Réseau africain de lutte contre les hépatites chroniques (RALCH), Fatou Nguirane, a plaidé pour une amélioration de l’accessibilité aux soins.
Elle a notamment dénoncé le coût élevé de certains examens indispensables au suivi des patients, comme la charge virale et le FibroScan, ainsi que les inégalités persistantes entre Dakar et les régions dans l’accès aux traitements spécialisés. Elle a appelé les autorités à accélérer la décentralisation des services afin que chaque patient puisse bénéficier d’une prise en charge de qualité, quel que soit son lieu de résidence.
« L’hépatite n’est pas une maladie de la honte. Nous devons lever les barrières, informer davantage les populations et encourager le dépistage précoce », a-t-elle déclaré.
Au terme de cette Journée mondiale contre les hépatites, l’ensemble des acteurs impliqués dans la riposte a renouvelé son engagement à intensifier les efforts en matière de prévention, de dépistage, de vaccination et d’accès aux traitements. Les autorités sanitaires, les partenaires techniques et financiers, les professionnels de santé et les associations de patients ont réaffirmé leur volonté commune de mobiliser les ressources nécessaires afin de permettre au Sénégal d’atteindre l’objectif fixé par l’OMS : éliminer les hépatites virales comme menace de santé publique d’ici 2030, tout en garantissant un accès équitable aux soins et en luttant contre toutes les formes de stigmatisation.









































